Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Les métiers des langues officielles : l'interprétation - deuxième partie

Bureau du commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick

2012-06-04

Ces hommes et ces femmes travaillent dans l'ombre. Leur nom n'apparaît nulle part. Et l'on souligne rarement leur travail. Pourtant, le bilinguisme officiel est impossible sans leur concours. Les traducteurs, interprètes et terminologues permettent aux communautés francophones et anglophones de se parler, de se comprendre. Le Bureau du commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick leur rend hommage en publiant une série d'articles sur ces amoureux des langues. Cet article est le deuxième d'une série de trois.

Annette Pelletier, interprète

Lorsqu'elle était enfant, Annette Pelletier aimait bien écouter des émissions en langues étrangères à la radio. Et puis, un jour, elle a vu des interprêtes à la télévision. Dès lors, elle a su ce qu'elle voulait faire plus tard.

Originaire d'Edmundston, Annette Pelletier a été l'une des premières femmes interprètes à l'Assemblée législative du Nouveau‑Brunswick. En fait, elle a commencé à exercer ce métier en 1971, soit trois ans après la création du service d'interprétation simultanée au sein de cette institution. Elle a ensuite fait de la traduction de lois durant quelques années avant de revenir à l'interprétation.

Annette aime bien comparer le travail du traducteur et de l'interprète à celui d'un artiste : « La traduction ou l'interprétation, c'est une création. On exprime dans une autre langue ce qu'une personne a dit. »

Bien que ses études soient terminées depuis quelques décennies, Annette a l'impression d'être toujours à l'université. « L'interprétation, c'est un apprentissage constant. Il y a autant de variété qu'il y a de sujets de conférence. C'est comme l'université, sauf qu'on est payé pour y aller. » Elle explique que la connaissance des langues n'est pas suffisante pour être interprète. « Il faut aussi connaître la culture qui est associée à chaque langue parce que les choses ne sont pas nécessairement perçues de la même façon d'une culture à une autre », déclare‑t‑elle. Précisons d'ailleurs que l'interprétation ne consiste pas à transposer un message mot à mot dans une autre langue, mais à le reproduire comme il serait dit dans cette autre langue.

Des détails peuvent‑ils parfois échapper à l'interprète? Annette reconnaît que cela peut se produire, en particulier si une personne parle très vite. Elle explique que le contexte d'une conférence et les connaissances que possèdent déjà les participants sur le sujet permettent de combler l'écart qui pourrait exister entre les propos de la personne qui s'exprime et ce qui est traduit par l'interprète. Mais on ne peut pas toujours compter sur le contexte… Annette se rappelle le jour où un député a posé une question toute simple au sujet de sangliers. Trou de mémoire complet. Elle ne pouvait se rappeler le nom de cet animal en anglais. Elle a dû admettre que ce mot lui échappait. Un député, n'ayant pas bien compris son aveu, a signalé que l'interprète n'avait pas compris la question! « On n'était pas plus avancé. J'ai dû avouer mon ignorance une deuxième fois. » Un autre député a finalement compris la situation et lui a fourni l'équivalent.

Annette définit son travail comme celui d'un artiste, et pour cause! L'interprète doit en quelque sorte se glisser dans la peau de la personne qui parle pour bien exprimer sa pensée, prévoir ce qu'elle va dire et faire ressortir ses émotions. Et parfois, cela joue des tours. Annette se rappelle une conférence où un homme a livré un témoignage chargé d'émotion. « C'était quelqu'un qui avait eu une vie extrêmement difficile, un peu par sa faute, et qui s'était repris en main », explique‑t‑elle.« Il racontait ces moments extrêmement pénibles pour lui, son épouse et ses enfants. » Les mots venaient à l'esprit d'Annette, mais elle ne pouvait pas les prononcer : l'émotion avait pris le dessus. « Ma collègue et moi avons échangé le microphone à plusieurs reprises au cours de cette conférence. »

Cette réaction semble bien normale. Après tout, les artistes ne sont‑ils pas des gens très sensibles?