Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Pourquoi les immigrants veulent-ils apprendre le français?

Sylvie Roy et Albert Galiev
Université de Calgary
Association canadienne des professeurs d'immersion

2011-03-07

Ce texte est un résumé d'un article paru dans le Journal de l'immersion (version PDF, approx. 5,37 Mo) (Aide avec les médias substituts) (www) (en format bilingue) (volume 31, numéro 3, automne 2009), publié par l'Association canadienne des professeurs d'immersion.

Les immigrants et le bilinguisme officiel

Bien que le visage démographique du Canada ait changé en raison de l'immigration, le discours sur le bilinguisme officiel est surtout axé sur la promotion du bilinguisme chez les francophones et les anglophones (locuteurs natifs), et les immigrantsAller à la note 1 restent souvent absents du débat. La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 souligne l'appui qu'offre le gouvernement fédéral pour permettre à tous les Canadiens d'avoir accès à l'éducation dans les deux langues officielles. Toutefois, en pratique, on s'attarde bien peu aux immigrants des provinces anglophones qui voudraient apprendre le français et l'anglais en même tempsAller à la note 2.

Pourtant, le succès du bilinguisme a été relevé dans différents sondages. Parkin et Turcotte (2004) ont rapporté que les immigrants sont souvent plus enclins à soutenir le bilinguisme canadien que les anglophones et qu'ils considèrent le bilinguisme comme une partie intégrante de l'identité canadienne. Leur étude a permis de recueillir les opinions suivantes : « les immigrants aimeraient apprendre le français » (73 % des immigrants et 61 % des anglophones sondés le pensent), « habiter dans un pays avec deux langues officielles définit ce que veut dire être Canadien » (68 % des immigrants et 63 % des anglophones sont de cet avis) et « apprendre le français est une bonne façon pour les Canadiens de garder le pays uni » (73 % des immigrants et 64 % des anglophones sont d'accord). Dans notre recherche ethnographique (Roy et Galiev, soumis), nous avons également interviewé un grand nombre de parents immigrants et anglophones qui envoient leurs enfants en immersion parce que, disent-ils : [Traduction] « Ce pays a deux langues et nous devons les parler toutes les deux » (interview avec un étudiant). La valeur du bilinguisme est donc reconnue chez les immigrants bien qu'il n'y ait pas de politiques linguistiques claires ou explicites en ce qui les concerne.

Pourquoi les immigrants ont-ils la perception que l'immersion n'est pas pour eux?

Les immigrants comprennent l'importance de connaître plusieurs langues afin d'accéder au marché de l'emploi. Ils ont souvent des acquis linguistiques considérables et, pour la plupart d'entre eux, l'éducation est importante. Une fois arrivés au pays, ils ont opté pour le bilinguisme canadien. Toutefois, plusieurs parents immigrants pensent que l'immersion française n'est pas pour leurs enfants. Ils se sont fait dire par des autorités scolaires ou par des individus qu'ils devraient apprendre l'anglais en premier. De plus, certains parents immigrants ont eu de la difficulté à trouver un emploi parce qu'ils ne parlaient pas anglais, alors ils craignent de placer leur enfant en immersion. Comme le raconte une directrice :

[Traduction] Il est Chinois [il travaille comme technicien à cette école] et son fils est en première année, en immersion française, mais il n'est pas entièrement convaincu que ce soit une bonne idée… Peut-être veut-il inconsciemment épargner à son fils les difficultés qu'il a lui-même éprouvées? Car lorsqu'il dit qu'il s'inquiète à propos de son fils et que je lui demande si son fils éprouve des difficultés à l'école, il me répond que non. « Ton fils se plaint-il? », « Non ». « Le professeur trouve-t-il que ton fils réussit bien en classe? », « Oui ». Je crois donc qu'il inquiète surtout en raison de l'expérience qu'il a lui-même vécue dans le passé, et non pas parce qu'il voit son fils en difficulté.

Quelle est l'importance du bilinguisme pour les immigrants?

Les immigrants considèrent le bilinguisme important pour le Canada. Par exemple, un étudiant du Pakistan mentionne : [Traduction] « Je me considère un peu particulier… Je parle les deux langues (anglais et français) alors c'est un peu spécial pour moi ». Une enseignante ajoute :

Beaucoup de ces élèves en immersion tardive et continue sont des enfants d'immigrants de la première ou de la deuxième génération canadienne. De ce fait, le français peut être pour eux une deuxième, une troisième, ou même une quatrième langue… Ils sont plus motivés à apprendre d'autres langues; ils ont plus de tolérance envers les autres langues et les autres cultures. Maintenant qu'ils sont établis ici, au Canada, ils veulent réellement vivre le rêve d'appartenir à un pays bilingue. Ils souhaitent donc ardemment que leurs enfants apprennent les deux langues.

Il est intéressant de noter que les étudiants immigrants considèrent souvent le bilinguisme comme étant la capacité de parler l'anglais et le français. Dans bien des cas, en réalité, ils sont déjà bilingues puisqu'ils parlent l'une des langues officielles et leur langue maternelle. Cette idée qu'ils se font du bilinguisme provient de ce qu'on leur enseigne sur l'histoire du Canada, où le bilinguisme est présenté comme la connaissance des deux langues officielles.

Conclusion et recommandations

Les immigrants qui envoient leurs enfants en immersion française croient au Canada bilingue. La plupart des politiques linguistiques promeuvent le bilinguisme, mais oublient souvent le rôle des immigrants dans ce discours politique et officiel.

Afin d'entreprendre le dialogue au sujet des changements à apporter, nous aimerions proposer certaines recommandations :

  1. Il serait important de faire la promotion de l'immersion française chez les immigrants et les nouveaux arrivants afin d'augmenter le nombre de gens parlant les deux langues officielles, en plus de miser sur leur langue maternelle à la maison ou dans leur communauté.
  2. Il serait important de comprendre que les jeunes peuvent apprendre l'anglais et le français en même temps. Ils ont déjà plusieurs stratégies d'apprentissage d'une langue maternelle ou seconde et sont capables d'apprendre d'autres langues à condition qu'on les guide dans cet apprentissage.
  3. Si de plus en plus d'élèves allophones fréquentent l'immersion française, il faudra offrir des ressources et de la formation au personnel enseignant. En pratique, ces jeunes conserveront leur langue maternelle et apprendront l'anglais, de même que le français si cela leur est possible. Pourquoi ne pas leur offrir un soutien scolaire leur permettant de progresser dans leur apprentissage de l'anglais et du français, ainsi que dans leur participation à la société canadienne actuelle et future?

Références

Parkin, A. et Turcotte, A. (2004). « Le bilinguisme appartient-il au passé ou à l'avenir? », Les Cahiers du CRIC, numéro 13, Centre de recherche et d'information sur le Canada, Conseil de l'unité canadienne, Ottawa, Canada.

Roy, S. et Galiev, A. (soumis). « Discourses on Bilingualism in the Canadian French Immersion Program ». Revue canadienne des langues vivantes.



Notes

Retour à la note1 Nous utilisons le terme de façon générale; il inclut les gens qui viennent d'arriver au pays comme ceux qui sont au Canada depuis un certain temps.

Retour à la note2 Albert Galiev, dans son expérience personnelle, mentionne que les immigrants reçoivent de l'argent du gouvernement pour prendre des cours d'anglais (ESL) mais qu'ils ne reçoivent aucune somme pour le français en Alberta.