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L'immersion : vers un apprentissage continu

Marline Al Koura
Association canadienne des professeurs d'immersion

2012-07-03

Les programmes d'immersion en français évoluent constamment de façon à ce que le système d'éducation puisse offrir aux apprenants la possibilité d'apprendre à bien maîtriser la deuxième langue officielle de notre pays. Avant d'exercer mes fonctions administratives actuelles, j'ai eu la chance d'enseigner le français langue seconde dans des programmes de base, enrichis et d'immersion pendant huit ans. Le manque de ressources, le possible manque de soutien des parents et, occasionnellement, le manque d'intérêt des apprenants faisaient partie des réalités avec lesquelles je devais composer en tant que professeur de français langue seconde. Cela dit, les satisfactions que m'apportait cette profession compensaient largement les difficultés qui y étaient associées : un enfant qui faisait des liens entre ses leçons; un élève qui s'adressait à moi en français même à l'extérieur de la classe; des élèves qui trouvaient des solutions à un problème dans un devoir ou qui utilisaient, dans d'autres classes, des stratégies apprises dans leur classe de français; et la dernière mais non la moindre, d'anciens élèves d'immersion française qui revenaient me voir pour me parler des occasions qui s'offraient maintenant à eux, dans leurs études postsecondaires ou au travail, grâce à leurs compétences en français.

Même si j'exerce mes nouvelles fonctions de directrice adjointe depuis peu de temps, j'ai déjà pu observer les diverses attitudes et perceptions des familles et des élèves à l'égard de nos programmes. Certaines familles font l'impossible pour que leur enfant soit admis dans le programme d'immersion, tandis que d'autres retirent leur enfant du programme de peur qu'il ne s'avère trop difficile et ne compromette ses chances de réussite. Dans les deux situations, les parents essaient tout simplement de prendre la décision qui réponde le mieux aux besoins de leur enfant. Je tente souvent de dissuader les parents de retirer leur enfant du programme si leur décision se fonde sur l'une des raisons suivantes :

  • Leur enfant veut changer de programme afin de rejoindre ses amis qui sont dans une autre classe ou un autre programme.
  • Leur enfant trouve que le programme d'immersion est difficile, mais il comprend la matière.
  • Les parents estiment qu'ils ne peuvent pas fournir à leur enfant un soutien scolaire adéquat à la maison. (Je leur rappelle toujours qu'à la maison, ils devraient uniquement se charger de fournir à leur enfant un endroit tranquille pour travailler, les outils nécessaires – comme un dictionnaire ou un accès à de la documentation – et des stratégies d'organisation du temps afin qu'il puisse faire ses travaux scolaires. C'est donc à l'élève, avec l'aide de ses professeurs, de faire en sorte d'assimiler la matière.)

Lorsque je parle aux élèves à l'école, je vois souvent à quel point ils sont fiers de me dire qu'ils font partie du programme d'immersion. Au début, bon nombre d'élèves sont effrayés et quelque peu intimidés lorsque leur professeur de sciences ou d'histoire s'adresse à eux uniquement en français. Mais en général, après quelques semaines, ils s'adaptent et peuvent communiquer en français aussi bien avec leur professeur qu'avec leurs camarades de classe (ou du moins, ils arrivent à trouver des façons créatives de communiquer jusqu'à ce qu'ils aient acquis les compétences linguistiques nécessaires). Les professeurs d'immersion utilisent souvent des gestes, la répétition, des modèles, des jeux de vocabulaire et bien d'autres stratégies pour aider leurs élèves à communiquer en français. L'apprentissage par l'expérience, qui peut se faire sous la forme de voyages‑échanges et d'excursions, par exemple, sert à consolider les acquis et à démontrer les avantages associés à l'apprentissage d'une langue seconde. Plus les apprenants peuvent rattacher leurs connaissances au monde réel, plus ils ont de chances de retenir la matière et ainsi de participer activement au processus d'apprentissage.

Dans les dernières années, le marché offrait aux professeurs d'immersion un choix limité de matériel didactique adapté aux différents niveaux. Pour cette raison, de nombreux professeurs ont créé leur propre matériel en se fondant sur les exigences du ministère. Les maisons d'édition ont finalement donné suite à nos demandes en publiant des programmes qui, en plus d'être adaptés aux différents niveaux, comprennent des modifications suggérées.

On recommande souvent aux élèves ayant des besoins spéciaux ou des difficultés d'apprentissage de ne pas participer au programme d'immersion de crainte qu'ils ne reçoivent pas tout l'appui dont ils ont besoin. En effet, certains croient que l'ajout d'une deuxième langue (ou parfois même d'une troisième), en plus des autres matières enseignées dans cette langue, serait désavantageux pour les enfants qui éprouvent des difficultés d'apprentissage des langues. Je pose donc la question suivante : si leurs difficultés sont d'ordre linguistique, ne devraient-ils pas avoir les mêmes difficultés dans les matières enseignées en anglais? Si les professeurs d'anglais et des autres matières enseignées en anglais peuvent offrir à ces élèves des stratégies pour les aider à assimiler la matière, pourquoi les professeurs de français ne pourraient-ils pas faire de même? (Et je sais qu'ils le peuvent!) Dans une salle de classe typique d'un programme d'immersion, l'apprentissage est axé sur la langue, se fait de façon autonome et à un rythme rapide, ce qui laisse croire qu'un enfant aux prises avec des difficultés d'apprentissage évoluerait difficilement dans un tel milieu. Par conséquent, les professeurs recommandent la plupart du temps que ces élèves suivent le programme régulier. Afin de contrer cette tendance, les professeurs de français ne cessent de chercher de nouvelles stratégies d'enseignement et du nouveau matériel didactique. Ils évoquent également la nécessité d'obtenir davantage de soutien d'assistants en éducation et d'enseignants-ressources dans leur classe pour s'assurer de répondre aux besoins de tous leurs élèves.

Nous constatons que beaucoup de nos professeurs d'immersion sont d'anciens élèves de nos programmes d'immersion. Il s'agit là d'une excellente nouvelle; cela prouve que nous pouvons former avec succès des diplômés qui permettent d'augmenter les « effectifs francophones ». En plus d'avoir la responsabilité d'enseigner le programme d'études, les nouveaux professeurs apprennent à concilier différents aspects de leur travail – la discipline en classe, les suivis comportementaux et pédagogiques, la communication avec les parents et la direction, les périodes des bulletins, les activités parascolaires – tout en essayant de maintenir un juste équilibre entre le travail et leur vie personnelle. Bien entendu, les professeurs de français sont loin d'être les seuls à devoir composer avec cette réalité. Toutefois, comme leur travail ne se limite pas à enseigner seulement la langue et qu'il consiste aussi à faire connaître la culture, ils peuvent parfois aller chercher un appui supplémentaire auprès de professeurs de français expérimentés et de l'équipe de direction. En tant qu'administrateurs, nous pouvons essayer d'orienter ces professeurs vers diverses activités de perfectionnement professionnel qui leur permettront de développer davantage leurs compétences linguistiques, d'acquérir des techniques permettant de faciliter l'enseignement des volets culturels des programmes et d'acquérir la confiance nécessaire pour avoir le sentiment d'être des professeurs d'immersion efficaces.

Il est important de retenir que notre rôle en tant qu'administrateurs consiste à offrir le meilleur enseignement possible aux apprenants dont nous avons la responsabilité. Nous pouvons fournir des conseils aux familles, établir des programmes pour appuyer nos élèves, offrir des occasions de réseautage à nos professeurs et investir de l'argent dans des ressources. Mais en fin de compte, ce sont les parents qui décident quel programme leur enfant suivra, et ce, dans le souci de faire ce qui est le mieux pour lui. En tant que pédagogues, nous devons continuer à faire la promotion de nos programmes et à les améliorer. Nous devons également continuer à travailler en collaboration avec les parents pour faire en sorte que nos élèves poursuivent leur apprentissage tout au long de leur vie.