Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

La construction identitaire au Québec : des stratégies visant la réussite

Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF)

2012-01-23

Cet article est le deuxième d'une série de quatre, dont le premier s'intitule La construction identitaire au Québec : projet pilote dans la région du Pontiac.

Depuis l'été 2010, l'ACELF et la Fédération canadienne des directions d'école francophone (FCDEF) accompagnent la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais dans la mise en place d'un projet pilote en construction identitaire dans la région du Pontiac, au Québec. Le projet vise à outiller les directions et les membres du personnel de six écoles primaires et d'une école secondaire dont la clientèle étudiante possède toutes les caractéristiques d'une clientèle en contexte francophone minoritaire. Une série de quatre articles vous permet d'en connaître davantage sur la nature de ce projet rassembleur et sur ses retombées pour les élèves de la région.

Prendre conscience pour mieux agir

Dans cette démarche en construction identitaire avec les écoles du Pontiac, « le premier enjeu était de s'entendre sur une compréhension commune de la problématique », explique Claire Thibideau, directrice générale de la FCDEF. En effet, une prise de conscience réaliste de l'état de la situation est une condition essentielle préalable à la mise en place de stratégies efficaces.

Partant de leur volonté d'améliorer le taux de réussite scolaire des élèves, les directions et les membres du personnel des sept écoles concernées ont accepté de se questionner, guidés au cours de l'année par Claire Thibideau et Rita Tremblay, consultante en éducation pour l'ACELF, afin de mieux comprendre la réalité francophone des jeunes de la région.

 « Même si on est au Québec, souligne Mme Thibideau, on a reconnu chez les jeunes
du Pontiac les mêmes caractéristiques identitaires que chez les jeunes des communautés francophones minoritaires du Canada » . En effet, l'environnement est majoritairement anglophone, notamment l'affichage et les médias, le taux d'exogamie (un parent francophone et un parent anglophone) est très élevé, et, sur le plan identitaire, le jeune se dit bilingue plutôt que francophone et s'identifie davantage à la culture anglophone (musique, films, loisirs). Par ailleurs, plusieurs jeunes disent se sentir inférieurs du fait qu'ils parlent français et n'osent pas revendiquer leurs droits. « Tout cela rend très vulnérable la situation du français dans la région et au Québec », s'inquiète Claire Thibideau.

Agir en tant que modèles francophones

Au cours de l'année scolaire 2010-2011, des rencontres ont donc été organisées avec les directions d'écoles et les éducateurs. En plus de s'attarder à la compréhension de la problématique, les présentations avaient pour but de sensibiliser les enseignants à leur rôle de modèles francophones auprès des jeunes.

À l'occasion d'une rencontre en novembre, l'enseignante de 5e et de 6e année
Isabelle Nadeau, de même que Claire Thibideau et Rita Tremblay, ont choisi de livrer un témoignage personnel aux professeurs des sept écoles. « Nous avons toutes une raison pour défendre et protéger le français, explique Isabelle Nadeau. Nous voulions partager notre expérience avec les professeurs et expliquer pourquoi nous croyons important de travailler ensemble au renforcement de l'identité francophone de nos jeunes », poursuit-elle.

Pour Isabelle, c'est son expérience comme enseignante au Manitoba qui lui a permis de prendre conscience de la fragilité de la langue française. Pour Claire, le déclic s'est fait alors qu'elle était toute jeune et qu'on a voulu fermer son école francophone en Ontario. « Le français, c'est ce que nous sommes, c'est notre identité, et nous avons le devoir de transmettre cela aux jeunes », ajoute Isabelle.

À la suite de cette rencontre, une quinzaine de professeurs ont créé, en partenariat avec les deux accompagnatrices, un comité de développement dont l'objectif était de mettre en place, dès la rentrée de septembre 2011, des stratégies visant à favoriser la construction identitaire francophone des élèves dans les sept écoles de la région.

Partager le goût de la réussite, en français

Mais comment faire pour donner aux jeunes le goût de réussir en français? Selon Isabelle Nadeau, « il faut leur permettre de vivre des moments positifs dans cette langue » . C'est aussi la vision de l'ACELF. « Le modèle de la construction identitaire
est en effet basé sur le principe que l'intégration positive du français dans le vécu de l'élève constitue une excellente façon de renforcer son appartenance et de susciter
son engagement au sein de la francophonie », soutient le président de l'ACELF,
Yves St-Maurice.

 « Moi, c'est la musique », lance Isabelle. Passionnée de musique, elle s'engage chaque semaine à faire connaître des chansons et des artistes francophones à ses élèves. « Au début de l'année scolaire, ils sont réticents, ils disent que ça ne les intéresse pas. Mais tout au long de l'année, je vois les attitudes changer », raconte-elle. Isabelle propose aussi aux jeunes de l'accompagner lors de spectacles d'artistes francophones dans la région. « Cette année, une élève m'a dit qu'elle va maintenant voir presque tous les spectacles francophones dans le coin! » 

Dans notre prochain article, nous verrons comment l'expertise de l'ACELF mise en place avec les écoles du Pontiac s'arrime aux objectifs du programme Agir autrement du ministère de l'Éducation du Québec visant à améliorer la réussite scolaire des élèves de la région.