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La construction identitaire au Québec : débuts prometteurs dans le Pontiac en 2011

Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF)

2012-05-07

Depuis l'été 2010, l'ACELF et la Fédération canadienne des directions d'école francophone (FCDEF) accompagnent la Commission scolaire des Hauts‑Bois‑de‑l'Outaouais dans la mise en place d'un projet pilote en construction identitaire dans la région du Pontiac, au Québec. Le projet vise à outiller les directions et les membres du personnel de six écoles primaires et d'une école secondaire dont la clientèle étudiante possède toutes les caractéristiques d'une clientèle en contexte francophone minoritaire. Une série de quatre articles vous permet d'en connaître davantage sur la nature de ce projet rassembleur et sur ses retombées pour les élèves de la région.

Renforcer la fierté francophone pour favoriser la réussite scolaire

Depuis 2010, les directions des sept écoles de la Commission scolaire des Hauts‑Bois‑de‑l'Outaouais situées dans la région du Pontiac ont pris conscience de la spécificité de leur clientèle étudiante : environnement majoritairement anglophone, haut taux d'exogamie (un parent francophone, un parent anglophone), faible connaissance de la culture francophone, sentiment d'infériorité du fait de parler français.

À la fin de l'année scolaire 2010-2011, un constat s'est imposé aux yeux de ces directions : l'importance de renforcer la fierté francophone des élèves pour favoriser leur réussite scolaire. Voilà l'objectif qu'elles se sont donné pour les années à venir. Et c'est déjà commencé!

Établir un profil clair et précis de la clientèle étudiante

Les directions d'écoles ont mené un sondage auprès des élèves pendant l'année scolaire 2010-2011 afin de dresser le profil langagier et identitaire de leur clientèle étudiante. Cet outil leur a permis de cibler les défis et de déterminer les stratégies à mettre en place dès septembre 2011.

« On voulait préparer le terrain et avoir des bases solides pour travailler », explique Denis Rossignol, directeur de l'école secondaire Sieur‑de‑Coulonge. Ce sondage permettra également de mesurer et de documenter les progrès d'année en année.

Donner la priorité aux références culturelles francophones

Grâce au partenariat avec l'ACELF et la FCDEF, les directions d'écoles et les éducateurs ont déjà repéré quelques pistes d'intervention pour augmenter la fierté des élèves à l'égard du français et de la culture francophone.

D'abord, « on a réalisé que les élèves n'apprennent pas le français, mais qu'ils apprennent EN français », précise Lorraine Meilleur, directrice de l'établissement primaire Pontiac. Cette constatation peut paraître simple, mais elle fait toute la différence. Ainsi, il n'y a pas que dans le cours de français que l'on peut amener les jeunes à découvrir la culture francophone et à aimer la langue : « Les directions et les éducateurs prennent maintenant conscience de l'importance d'intégrer des références francophones dans toutes les matières; cela favorise l'intégration positive du français dans le vécu des élèves, explique Claire Thibideau, directrice générale de la FCDEF. Il suffit de développer chez les professeurs le réflexe de choisir des exemples tirés de situations francophones dans leurs cours. »

Encourager à bien parler français tout en valorisant la diversité

Lorraine Meilleur souligne également que, depuis septembre 2011, les éducateurs travaillent davantage sur le plan de l'oral. « Ça a été un déclic pour nous qui avons l'habitude de travailler plus particulièrement sur la lecture. » Si l'on développe les compétences langagières des élèves, ils auront plus de facilité à s'exprimer en français, et donc beaucoup plus de plaisir à découvrir la langue et plus d'intérêt pour réussir.

« Mais il faut faire très attention pour ne pas dénigrer le jeune et sa façon de s'exprimer, ce qui renforcerait son sentiment d'infériorité », précise Mme Thibideau. Isabelle Nadeau, enseignante de 5e et de 6e année, comprend qu'elle doit « encourager les jeunes à parler à l'école un français "standard" pour que tout le monde se comprenne, tout en les amenant par contre à être fiers de leur accent ». En ce sens, les éducateurs et les enseignants sont des modèles. « Moi‑même, je dois donc faire attention à la façon dont je parle, utiliser les bons mots », ajoute Isabelle. L'accompagnement de l'ACELF et de la FCDEF vise justement à outiller les intervenants dans ce rôle d'exemple auprès des jeunes.

Faire différemment

Claire Thibideau poursuit : « On sait que les enseignants et les intervenants ont déjà énormément de travail. Il ne s'agit pas ici de faire plus, mais de faire différemment. C'est ce que vise la démarche en construction identitaire que nous avons entreprise avec la commission scolaire. » Cette démarche constitue un complément aux programmes existants, dont la stratégie d'intervention Agir autrement du ministère de l'Éducation du Québec.

Ces quelques pistes d'intervention font partie d'un ensemble encore plus vaste de mesures et d'actions visant à favoriser la réussite scolaire et la construction identitaire francophone des élèves de la région. L'ACELF et la FCDEF mettent à profit une expertise en construction identitaire acquise au cours des dix dernières années, pour accompagner, à leur rythme, les directions d'écoles et les éducateurs. Nombre d'entre eux veulent mieux s'adapter aux besoins de leurs élèves qui, bien qu'ils vivent au Québec, évoluent dans un contexte où le français n'est pas la langue de la majorité.

Aujourd'hui, c'est toute une communauté éducative qui se rassemble et se concerte pour offrir aux jeunes de la région du Pontiac les moyens de réussir et de vivre pleinement leur identité francophone.