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Une éducation en immersion : la formation d'une identité

Niki Ashton, députée fédérale
Association canadienne des professeurs d'immersion

2011-07-04

J'ai étudié en immersion dans une communauté située loin de la francophonie. J'ai grandi dans une famille de parents immigrés où on ne parlait pas français, à Thompson, dans le nord du Manitoba. J'ai commencé mon apprentissage du français dès la maternelle à l'École Riverside School et j'ai terminé mes études secondaires au R.D. Parker Collegiate. Mes parents sont venus d'Europe, ma mère de Grèce et mon père d'Angleterre. Pour mon frère et moi, le grec était la première langue. C'est dans ce type d'environnement qu'une génération de jeunes, dont moi-même, ont pu apprendre le français et devenir francophones. C'est dans ce type d'environnement que nos identités se sont construites. L'immersion française nous a donné beaucoup plus qu'une langue : elle nous a valu la connaissance de notre région, de notre pays et de notre monde. Grâce au programme d'immersion, nous avons compris qui nous sommes et quelle est notre place dans le monde.

Nos études en immersion nous ont fait comprendre et vivre notre identité comme Manitobains. Lorsqu'on grandit à huit cents kilomètres de la capitale de la province, loin des autres grandes communautés, on peut se sentir parfois isolé. Dans le nord, on apprenait à connaître les fondateurs de notre région : les Premières nations, les Métis, les colons et les immigrants. Toutefois, l'histoire du sud de la province nous semblait parfois trop lointaine. En apprenant le français, on a mieux compris l'histoire du Manitoba dans son ensemble. On a appris, par exemple, l'histoire de Louis Riel, le fondateur du Manitoba, d'une façon plus complète. Je me souviens également de mon expérience au Festival du Voyageur qui m'a permis de mieux comprendre les racines francophones de notre province. En plus, à cause de notre connaissance de la langue française, on pouvait s'amuser beaucoup plus!

Apprendre le français en immersion m'a donné une idée plus globale de ce que veut dire être Canadienne. Nos professeurs venaient de partout au Canada : du Québec, de l'Acadie, de la Nouvelle-Écosse, du Manitoba et d'ailleurs. À partir des expériences vécues avec eux, on a pu connaître la diversité du Canada. On a pu également se rendre compte que les régions francophones sont très différentes les unes des autres, même si la langue française les rassemble. Nous avons appris que non seulement les cultures sont différentes, mais que les accents et le vocabulaire le sont aussi. Ce que je retiens de l'apprentissage de cette diversité, c'est la conscience que nous avons tous une place unique dans l'univers francophone canadien.

Le français que j'ai appris m'a fourni l'occasion de mieux connaître le Canada, et ce, de façon plus directe. Lors de quelques visites avec ma famille au Québec, j'ai appris l'histoire des colons français et celle de la fondation du Québec et du Canada. Je me souviens de la visite que j'ai organisée au Musée Juste pour rire, qui m'a donné la chance de profiter de la vibrante culture de Montréal. Cette expérience au Québec était importante et m'a permis non seulement de pratiquer mon français, mais aussi de donner la possibilité aux Québécois de réaliser qu'il y a des jeunes francophones au nord du Manitoba!

Apprendre le français en immersion nous a aidés, mon frère, mes camarades de classe et moi, à former notre identité envers la communauté internationale. Comme j'ai grandi dans une famille multiculturelle, j'avais déjà des connaissances sur mes racines et sur le vaste monde. Mais apprendre le français a ouvert de nouvelles portes sur l'extérieur. Je me souviens de notre échange de lettres avec des étudiants africains en cinquième année. En communiquant en français, nous avons appris de leurs expériences. Nous avons également pris conscience des similarités et des grandes différences qui existent entre nos réalités.

Grâce au français, j'ai eu la chance de mettre à profit plusieurs possibilités qui m'ont influencée comme personne. Non seulement j'ai pu voyager avec plus de confiance dans des pays et des régions francophones, mais j'ai aussi eu la chance de vivre des expériences professionnelles qui m'intéressaient. Tout au long de mon adolescence, je rêvais de travailler au niveau international. Ce rêve s'est réalisé quand j'ai eu la chance de travailler à l'ambassade du Canada à Hanoï, au Vietnam. C'est là que l'on m'a demandé de participer aux préparatifs des Jeux de la Francophonie. Quelques années plus tard, j'ai travaillé comme stagiaire à l'ambassade canadienne en Grèce et au bureau du Programme des Nations Unies pour le développement en Slovaquie. Mon multilinguisme m'a aidée à ouvrir cette porte vers des expériences internationales et m'a donné la chance de faire avancer ma carrière et de l'enrichir.

Finalement, je dirais que la base créée par mes études en immersion française et l'identité qu'elle m'a aidée à former m'ont orientée vers la carrière que je mène aujourd'hui. En 2008, j'ai été élue députée fédérale dans la circonscription de Churchill, au nord du Manitoba. J'étais la plus jeune femme à siéger au Parlement du Canada, il fallait que je sois bien préparée! Comme je parle français, j'ai chaque jour la possibilité de m'exprimer dans l'une ou l'autre de nos deux langues officielles à propos de ma circonscription et des questions nationales. Je peux donc transmettre mon message au public anglophone ou francophone du Canada. Mon multilinguisme m'aide à participer au processus de transformation des pratiques en usage sur la Colline du Parlement et partout au pays.

Quand je pose des questions ou quand je prononce des discours à la Chambre des communes, je peux m'exprimer dans les deux langues officielles. Je n'oublierai jamais la surprise des députés francophones quand ils m'ont entendue parler en français pour la première fois! Ce jour-là, j'étais tellement fière du chemin que j'ai parcouru depuis le début de mes études en immersion!