Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Se définir dans la diversité

Barbara McClintock, trad.a.
Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada

2011-10-12

Rectitude politique oblige!

Le changement est un processus inéluctable, et les langues n'y échappent pas. Elles évoluent au fil du temps. Au sein d'une langue riche et vivante comme l'anglais, il arrive donc que certains mots prennent des connotations qu'il est utile de connaître. Ainsi, le mot Oriental, qui est acceptable en français, a maintenant un sens péjoratif en anglais lorsqu'il est utilisé pour désigner une personne. On emploiera plutôt Asian, à moins que l'on ne parle d'un tapis ou d'un vase.

Le mot Hispanic a été inventé pour les besoins du recensement américain pour désigner les citoyens des États‑Unis dont la langue maternelle est l'espagnol. Encore une fois, il faut employer ce mot avec discernement, car certains hispanophones, en particulier parmi les Spaniards (personnes originaires d'Espagne), n'aiment pas se faire appeler Hispanic. Dans un contexte nord‑américain, il peut être préférable d'employer l'expression Latin American (Latino‑Américain) ou encore, dans le doute, Spanish‑speaking person (hispanophone). Le mot latino est de plus en plus utilisé en espagnol et en anglais, notamment dans la sphère culturelle pour parler d'acteurs, de musique, de livres et de films.

Par ailleurs, comment devrait‑on appeler les habitants du Québec dont la langue maternelle est l'anglais? Jusqu'ici, le terme Québécois a surtout servi à désigner les francophones et le terme anglophones, les locuteurs de l'anglais. J'ai récemment entendu employer l'expression Anglo‑Québécois, dont la neutralité présente des avantages certains!

Amérique, qui es-tu?

Le gentilé American, qui qualifie un habitant des États‑Unis, tire probablement son origine de Americus, la traduction latine du prénom de l'explorateur italien Amerigo Vespucci. En espagnol, on utilise americano ou estadounidense, des termes dérivés de Estados Unidos de América, pour traduire American (le nom et l'adjectif). Par ailleurs, en anglais, on utilise les termes U.S. English et American English pour désigner la langue qui est parlée par la majorité des habitants des É.-U. Toutefois, chez les francophones, l'adjectif étatsunien (ou états-unien) est en train de remplacer progressivement l'adjectif américain dans les publications en français. La raison en est que le terme américain peut en théorie s'appliquer à toute personne habitant quelque part dans le continent américain. C'est là un point de vue largement répandu chez les francophones.

Cependant, pour la majorité des anglophones, America renvoie exclusivement aux États‑Unis, bien qu'en réalité, l'Amérique du Nord regroupe également le Canada et le Mexique et qu'elle ne constitue qu'une partie du vaste continent américain. Au Canada anglais, il existe toutefois un mouvement, peut-être sous l'influence du Québec, en faveur du remplacement du terme Americans par celui de U.S. citizens pour désigner nos voisins du sud (American et America étant des termes génériques dans certains contextes). Seul le temps dira si ce courant finira par prendre de l'ampleur ou non.

L'anglais canadien : ni britannique, ni américain

Les divers pays anglophones, ou encore certaines régions de ces pays, possèdent des expressions populaires qui leur sont propres. Les différences existant entre l'anglais du Royaume-Uni et celui des États-Unis en sont évidemment un exemple notoire. George Bernard Shaw résume bien cette réalité lorsqu'il écrit que : « l'Angleterre et l'Amérique sont deux pays séparés par la même langue ». Par contre, on oublie souvent de souligner que l'anglais du Canada se situe à mi-chemin entre les deux, puisqu'il est composé d'usages tant britanniques qu'américains et qu'il n'est pas qu'une simple variante de l'anglais américain avec des particularités orthographiques britanniques comme centre et honour.

En anglais britannique, le terme members of Parliament (députés) est l'équivalent le plus proche du terme américain lawmakers (législateurs). Ces deux expressions ont toutefois cours au Canada. Comme on le sait, le régime parlementaire canadien est fondé sur le régime britannique. Cela se reflète entre autres dans la façon dont les Canadiens nomment leurs représentants. Ainsi, les Canadiens ont, tout comme les Britanniques, un prime minister (premier ministre) et non un president (président) comme cela est le cas aux États-Unis. Ils ont également des Crown attorneys (procureurs de la Couronne) plutôt que des deputy district attorneys (substituts du procureur de district). Dans certaines régions du Canada, on utilise également le terme Crown prosecutors ou substituts du procureur général dans ce sens. Lorsqu'il est question de leurs supérieurs, la différence existant entre un chief Crown attorney (procureur en chef) et un district attorney (procureur de district) n'est pas négligeable. En effet, au Canada, le chief Crown attorney est un fonctionnaire, tandis qu'aux États-Unis, le district attorney est un élu. De plus, un premier ministre et un président ne sont pas élus de la même façon. Pour gouverner le Canada, le premier ministre doit être le chef du parti politique comptant le plus de membres élus, tandis que le président des États-Unis est élu indépendamment de son parti.

On peut aisément imaginer le regard envieux qu'un certain président démocrate, aux prises avec une Chambre des représentants majoritairement composée de républicains, doit jeter vers ses voisins du Nord. Le régime parlementaire canadien a sans contredit certains avantages!