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L'apprentissage d'une autre langue, une nécessité pour tout citoyen du monde

La stratégie manitobaine de revitalisation de l'enseignement en français langue seconde

Florence Girouard et Sandra Drzystek
Division du Bureau de l'éducation française
Éducation Manitoba

2012-04-23

Au Manitoba, les statistiques provisoires provinciales sur l'inscription révélaient que, au 30 septembre 2011, 5 249 élèves (2,66 % de la population étudiante) étaient inscrits au programme français et que 20 482 élèves (10,37 % de la population étudiante) étaient inscrits au programme d'immersion française. Il s'agit là d'un sommet inégalé. De plus, 70 013 élèves (35,44 % de la population étudiante) suivaient des cours de français de base (61 616 au sein d'écoles publiques et 8 397 au sein d'écoles indépendantes).

Sur une population étudiante totale de 197 533 élèves selon les statistiques provisoires, 101 789 élèves (51,53 %) ne suivront ni le cours Français (programme français langue première) ni le cours Français langue seconde (programme d'immersion française et de cours de français de base) au cours de l'année scolaire 2011-2012.

La langue fait partie intégrante de l'expérience humaine. Elle contribue à la richesse culturelle de la société, à l'épanouissement personnel et à la compréhension mutuelle. Dans une société de plus en plus multiculturelle, les compétences linguistiques et la compréhension interculturelle ne sont plus un luxe, mais une nécessité pour tout citoyen du monde. Plus que jamais, alors que nous accueillons des gens de diverses cultures, les éducateurs et les parents doivent avoir des attentes claires quant à l'acquisition de compétences linguistiques. La croissance en matière d'immigration et de migration interprovinciale a fait de la mondialisation une réalité dans nos collectivités, une réalité qui se traduit entre autres chaque année par une forte augmentation du nombre d'apprenants qui arrivent sur les bancs d'école et dont la langue maternelle n'est ni le français, ni l'anglais. L'enseignement au XXIe siècle doit tenir compte du fait que le multilinguisme devient la norme plutôt que l'exception.

Le Bureau de l'éducation française (BEF), une division du ministère de l'Éducation responsable de l'enseignement en français au Manitoba, réexamine actuellement les fondements théoriques de l'enseignement et de l'apprentissage du français langue seconde sur lesquels reposent tant les cours de français de base que le programme d'immersion française. Ces travaux s'inspirent de la vision selon laquelle tous les élèves du Manitoba doivent apprendre plus d'une langue, dans un contexte où plus de 50 % d'entre eux n'ont aucun contact avec la langue française. Afin d'opérer un changement de paradigme, le BEF réévalue sa méthodologie pour augmenter le taux de réussite des élèves et collabore avec des partenaires du domaine de l'éducation à la promotion de cette nouvelle approche. Il espère ainsi éveiller l'intérêt des élèves qui ne sont pas inscrits à un cours ou à un programme de français. En offrant aux élèves la possibilité d'apprendre une autre langue et d'acquérir une compréhension d'autres cultures, le Manitoba investit dans ses enfants.

Depuis deux ans, le BEF travaille à la revitalisation des cours de français de base en organisant des forums auxquels participe un groupe d'éducateurs et de partenaires du domaine de l'éducation. Ce groupe se penche sur quatre domaines prioritaires : la refonte du programme d'études, la formation préalable et la formation continue des enseignants, les politiques et la pratique, ainsi que la promotion du français comme langue seconde. Un nouveau document d'orientation axé sur la littératie et ayant la maîtrise de la communication orale comme objectif premier a été élaboré. Ce document a été conçu dans le but d'offrir un autre parcours qui, avec le programme français et celui d'immersion française, permet à tous les élèves du Manitoba d'acquérir une bonne maîtrise du français oral et d'apprendre à lire et à écrire en français. Certains élèves atteignent déjà cet objectif grâce à leurs cours de français de base; le BEF les a filmés pour illustrer et préciser les attentes à l'égard des enseignants, des parents et des élèves. La réaction à ces vidéos est positive sur toute la ligne. Les enseignants sont émerveillés de voir les résultats extraordinaires que peut entraîner, chez les élèves, la méthodologie proposée. L'objectif est de faire vivre la même expérience à l'ensemble des élèves de la province, et nous savons que la clé de ce succès repose sur des enseignants qualifiés et bien formés.

Le BEF est également en train de revoir les fondements théoriques du programme d'immersion française. Au fur et à mesure que se développe ce programme, il devient évident que les élèves ont besoin d'être davantage appuyés dans leur expérience d'apprentissage linguistique. Les élèves croient que leur maîtrise du français est insuffisante et, pour cette raison, ils ne sont pas à l'aise de parler français. Bien que gratifiant, l'apprentissage d'une autre langue n'est pas facile, et les travaux actuellement en cours dans le domaine guideront les enseignants et les élèves qui participent au programme.

Pour que l'apprentissage d'une langue soit une activité engageante pour les jeunes, il importe que les apprenants aient un lien étroit avec la langue et qu'ils en voient la pertinence dans leur vie. Afin d'obtenir ces résultats, les élèves doivent être conscients de leur choix de parler deux langues ou plus. L'expérience d'apprentissage linguistique doit être valorisée et encouragée par la famille, les pairs et la collectivité. Pour que les élèves se sentent appuyés dans leur choix d'apprendre une autre langue, leurs progrès à titre d'apprenants et de locuteurs bilingues doivent être reconnus par les gens qui les entourent. De plus, on devrait encourager les élèves à parler de leur expérience d'apprentissage linguistique. Ils ont besoin qu'on les félicite de leur choix et qu'on les incite à continuer d'assumer cette responsabilité d'apprendre une langue seconde et ce choix de vivre dans les deux langues. On peut aussi les encourager en leur présentant des modèles, par exemple d'autres gens qui ont choisi un parcours semblable au leur et qui ont réussi à apprendre deux langues ou plus. Enfin, leur famille, leurs pairs et leur collectivité peuvent les appuyer et les valoriser dans l'apprentissage d'une autre langue en participant à des activités culturelles ou communautaires. Cette nouvelle manière de penser représente l'évolution souhaitée dans le cadre du programme d'immersion française au Manitoba.

En revitalisant et en repensant l'enseignement du français langue seconde dans le cadre des cours de français de base et du programme d'immersion française, le BEF espère que les élèves maîtriseront mieux la langue, deviendront plus conscients de leur identité culturelle et s'ouvriront davantage à d'autres langues et cultures. Cette valeur ajoutée est complexe, mais révolutionne la vie des apprenants. Voilà une compétence que peuvent acquérir tous les élèves du Manitoba, une compétence qui renforcera leur identité et leur estime d'eux-mêmes, puisqu'ils deviendront ainsi des citoyens du monde fiers et engagés.