Gouvernement du Canada
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Clin d'œil à la culture inuit

Rhoda Cunningham
Services et langues officielles
Gouvernement du Nunavut

2011-09-26

La langue et le peuple

D'entrée de jeu, précisons que le mot Inuit signifie « peuple ». Les Inuit (ou Inuits) sont un groupe de peuples autochtones de culture apparentée qui habitent les régions arctiques du Canada (Nunavut, Nunavik, Nunatsiavut et Territoires du Nord-Ouest), le Danemark (Groenland), la Russie (Sibérie) et les États-Unis (Alaska). La langue inuit Aller à la note 1 appartient à la famille de langues dite « esquimau-aléoute » en usage sur l'ensemble de ces territoires. L'inuktitut (inouk-titoute) et l'inuinnaqtun (inouinne-naqtoune) sont deux dialectes importants de la langue inuit que l'on retrouve sous forme parlée et écrite dans le territoire du Nunavut (Canada).

Le Nunavut, qui signifie « notre terre », est la masse terrestre la moins densément peuplée du monde. Le Nunavut occupe un territoire diversifié qui s'étend sur trois fuseaux horaires. Il couvre 20 % de la masse terrestre du Canada (ce qui correspond aux dimensions de l'Europe de l'Ouest). Environ 30 000 personnes sont réparties dans 25 collectivités regroupées en trois régions. La proportion inuit de cette population est de 85 %, dont 75 % ont l'inuktitut ou l'inuinnaqtun comme langue maternelle. 

Un système d'écriture double

Pour écrire en langue inuit, on a recours à deux systèmes d'écriture, soit le qaniujaaqpait et le qaliujaaqpait.

Qaniujaaqpait signifie « ils ressemblent à la bouche ». Le système qaniujaaqpait est un ensemble de caractères syllabiques dans lequel chaque symbole peut adopter l'une de trois positions pour représenter les consonnes et une voyelle particulière. Les symboles surélevés ne représentent que des consonnes. On compte au total 45 symboles.

En écriture syllabique, on peut composer une phrase d'un seul tenant, comme s'il s'agissait d'un mot unique. Ce « mot » peut être aussi long qu'on le veut, à condition qu'il soit possible d'en décoder le sens. Ainsi, lors des festivités en l'honneur de la langue inuit qui ont lieu chaque année en février, il y a habituellement un concours nous invitant à créer le « mot » le plus long possible. En 2009, le bureau de la Commissaire aux langues déclara vainqueur le concurrent ayant pu réunir 143 lettres. Parler de défi de lecture serait peu dire. En voici la version translittérée - ça vaut le coup d'essayer [un petit indice : le « ł » se prononce « sla »] :

aangajaarnaqtuliuqtuqaqattalilauqsimanngittiammarirulungniqpalliilain
naujaqataunasułłannaaqtummarialuuvalilauqsimałłapikkaluarmijungalittauruuq.

Voici essentiellement ce que ça dit : « (à un âge moins avancé) on dit que j'avais aussi dit que j'aurais préféré que la drogue n'ait jamais été inventée! »

Le système qaliujaaqpait, quant à lui, se compose de lettres de l'orthographe romaine, comme celles de l'alphabet français. Le qaliujaaqpait représente certains sons qui n'existent pas en français, répartis en trois ensembles de consonnes dites non voisées, voisées et nasales. Le dialecte inuinnaqtun utilise une forme modifiée du qaliujaaqpait.

Bref historique de l'écriture syllabique

C'est Edmund Peck qui introduisit l'écriture syllabique chez les Inuit au début des années 1900. C'est auprès des Inuit de l'île de Baffin du Sud que Peck, missionnaire anglican, introduisit initialement ce système d'écriture. Dans sa version d'origine, il comportait quatre caractères positionnels pour chaque voyelle et comprenait en tout 60 caractères. Ce syllabaire fut éventuellement adopté et son emploi se répandit rapidement. En 1976, l'Inuit Cultural Institute (ICI) introduisit un système d'écriture double normalisé, dans lequel certains des caractères syllabiques initiaux de Peck avaient été retirés pour faciliter la lecture et favoriser une bonne prononciation. Le système d'écriture normalisé ICI est maintenant répandu dans tout le Nunavut.

Rapprochement

Le système qaliujaaqpait (l'orthographe romaine) normalisé par l'ICI est maintenant bien ancré chez les Inuit et l'on s'en sert globalement pour communiquer efficacement en langue inuit, bien qu'il soit nécessaire d'intégrer la normalisation des dialectes dans l'écriture qaliujaaqpait. Ce changement se bute à une certaine résistance de la part des usagers du qaniujaaqpait (système syllabique) et de ceux qui lient ces symboles à leur identité. Cette réaction ressemble à celle qu'avait connue l'ICI lors de l'introduction des normes d'écriture en 1976.

De création encore récente, l'Office de la langue inuit, l'Inuit Uqausinginiik Taiguusiliuiqtiit, va éventuellement s'attaquer à ces problèmes de normalisation linguistique. Il faudra tenir compte des dialectes et de leurs différences particulières. Par exemple, certains dialectes inuit, tels que le kalaallisut au Groenland, partagent avec d'autres un même système d'écriture normalisé tout en conservant leur propre dialecte oral.

La translittération (c'est-à-dire la représentation de lettres ou de mots d'un alphabet donné au moyen des lettres correspondantes d'un autre alphabet) constitue maintenant une méthode plus pratique pour communiquer par écrit de manière électronique.

Partage de connaissances linguistiques

Des conférences sur divers sujets ayant trait à la langue ont permis la création d'une certaine unité chez les Inuit de toutes les régions circumpolaires. Ces conférences sur la langue sont un point de rencontre permettant de partager les avancées antérieures, les réalisations actuelles ainsi que les projets pour l'avenir. Ces rassemblements offrent des occasions incomparables d'échanger des idées et de promouvoir une reviviscence culturelle et linguistique. Les délégués en sortent revitalisés et désireux de promouvoir de nouvelles idées. La dernière conférence captivante à avoir eu lieu était intitulée Uqausivut Atausiujjutivut (Notre langue, c'est ce qui nous rassemble!); il s'agissait du Sommet de la langue organisé par le ministère de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse du Nunavut.

Les arts et spectacles constituent une partie intégrante de ces événements. L'art est un moyen d'expression puissant qui donne vie à la culture et à la langue. Il est fascinant de regarder de jeunes danseurs traditionnels danser et chanter au rythme du tambour inuit traditionnel. La danse et le chant racontent une histoire dont le suspense s'accroît pour ensuite en venir brusquement à son aboutissement, laissant le spectateur sur son appétit.

La technologie et les autres outils

Les Inuit de partout se servent des nouvelles technologies pour s'exprimer dans leur langue et leur culture, mais également pour faire connaître leurs formes d'expression traditionnelles.

Les contes traditionnels se déroulent bien souvent dans un cadre physique détendu alors qu'un aîné raconte son histoire; ils peuvent s'accompagner de chants et de danse, de chants de gorge et d'une imagerie ancienne sous forme de pétroglyphes, de sculptures ou d'outillage. On se sert aussi aujourd'hui de films, de poupées, de marionnettes, de dessins animés, de livres, de la radio, de vidéos et des arts de la scène pour livrer ces récits d'une manière plus moderne. Grâce à ces outils, nous espérons que nos contes traditionnels ainsi que nos valeurs inuit puissent être transmis aux générations à venir.

Il existe plusieurs moyens de transmettre nos histoires, et Internet est l'un d'eux. On peut même consulter des sites Web en langue inuit. Le site Web du gouvernement du Nunavut se doit d'être offert en anglais, en inuktitut, en inuinnaqtun et en français. Les nouvelles technologies captivent les jeunes. Nous cherchons donc à les inciter à utiliser la langue inuit en se servant d'Internet.

La messagerie texte est tout aussi prisée au Nunavut que dans le reste du Canada. La technologie actuelle permet d'envoyer des messages en utilisant le qaliujaaqpait (caractères romains), mais pas le qaniujaaqpait (système syllabique). Cependant, qui sait ce que l'avenir nous réserve?

Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'avec du travail acharné et de la persévérance, la langue inuit fera partie intégrante de l'avenir du Nunavut.

Références

Harper, Kenn. « Systèmes d'écriture inuit : situation actuelle », Inuktitut, numéro 53 (septembre 1983), p. 36-83.

Remarque

Retour à la note1 Par respect pour la population du territoire, le terme inuit n'est pas accordé en genre et en nombre dans les communications en français émanant du gouvernement du Nunavut.