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Les sigles et les acronymes : le mal du siècle!

Pauline Cyr, traductrice agréée et journaliste
Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada

Dans le cadre d'une conférence sur la R. et D. en santé et sécurité, un représentant de la CRRSSSQ a abordé les dangers de l'AVC et de la CI, ainsi que le développement de nouveaux médicaments tels le PEG, le GDNF et le VEGF, il a recommandé aux personnes de plus de 40 ans de passer un ECG et a rappelé que l'usage du VFI est obligatoire sur toute embarcation. Après quoi une dame de l'ARAPAQ est intervenue pour dire qu'elle avait appris dans la FAQ du site de l'ICIS que la consommation de GMS est néfaste et que la transmission du VIH est en croissance chez les jeunes.

Ouf!!!

Depuis environ une vingtaine d'années, les sigles et les acronymes sont partout; ils envahissent les médias, les documents et même les conversations. L'envoi de messages textes amplifie cette tendance au point qu'on a l'impression qu'une nouvelle langue a fait son apparition.

Toutes ces abréviations ressemblent étrangement à des codes secrets destinés aux seuls initiés, de sorte qu'on se demande si leur but véritable n'est pas justement de donner un sentiment de supériorité à ceux « qui savent » au détriment de la majorité.

Pourtant, lorsqu'on ose demander, le rose aux joues : qu'est-ce que ça veut dire, déjà, CHSLD, CEFCUT, GMS, VQA?,il arrive que notre interlocuteur ait un moment d'hésitation qui lui fait perdre toute sa belle assurance.

Il n'y a pas si longtemps, on parlait par exemple de la Société Radio-Canada. C'était clair, direct et on savait de quoi il était question. Maintenant, quand on entend SRC, on se demande pendant un quart de seconde ce que ça peut bien être. Tous ces petits moments de doute nous assaillent et finissent par miner notre attention et nous lasser des médias.

Dans le domaine médical, l'usage des sigles frôle la catastrophe. On ne souffre plus de cystite interstitielle, mais de CI. On n'est plus victime d'un accident vasculaire cérébral, mais d'un AVC. Un avortement s'appelle maintenant une IVG (interruption volontaire de grossesse), et l'électrocardiogramme, un ECG. Comment s'y retrouver?!

Le sigle et l'acronyme

Le sigle est une abréviation formée des initiales d'un terme et que l'on épelle lettre par lettre : HLM, PME, TPS, SRC.

L'acronyme se prononce comme un mot. Par exemple, cégep (collège d'enseignement général et professionnel), sida (syndrome d'immunodéficience acquise), Benelux (Belgique, Nederland, Luxembourg), ACNOR (Association canadienne de normalisation), OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord).

L'acronyme, de par sa prononciation, s'intègre plus rapidement au vocabulaire, au point qu'il devient souvent un mot ordinaire, en lettres minuscules. On finit au fil du temps par oublier son origine, comme le mot radar (Radio Detection and Ranging), un acronyme qui date de 1943; laser (Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation), qui date de 1960; cégep, qui date de 1965; et sida, qui date de 1982.

Chaque année, de nombreux acronymes s'ajoutent aux dictionnaires.

Influence de l'anglais

Dans la culture anglo-saxonne, la tendance à l'abréviation est très répandue. Et la langue française est de plus en plus influencée par cette tendance. Comme on n'arrive pas à établir rapidement une traduction acceptable pour tous les nouveaux termes qui surgissent chaque année dans les domaines technologiques, médicaux, scientifiques, administratifs, on tend à adopter les abréviations anglophones telles quelles, ce qui pourrait être interprété comme un signe d'appauvrissement de la langue française.

Que l'on pense à JPEG, CD-ROM, DVD, B-RD (Blu-Ray Disc), CD (compact disk, alors que ce devrait normalement être DC [disque compact]). Pour FAQ (frequently asked questions), quelqu'un a eu l'ingénieuse idée de créer un terme adapté à l'abréviation anglaise, foire aux questions. Initiative louable, mais qui ne révèle pas moins une insuffisance de la langue française.

Même les noms de personnes sont abrégés. Récemment, Dominique Strauss-Kahn a été accusé de viol et de tentatives de viol. Au bout de quelques jours seulement, les médias francophones l'ont baptisé DSK. Au Québec, l'héritier de l'empire Quebecor, Pierre-Karl Péladeau, a été baptisé PKP. Durant la courte période de popularité de Michael Ignatieff, les journaux anglophones l'appelaient « Iggy » !

Mode d'emploi

Pour s'assurer que les lecteurs puissent comprendre un texte, il est primordial de fournir la définition des abréviations dès leur première mention. Les sigles peuvent s'écrire avec des points, mais l'usage tend à les omettre. Le genre est naturellement celui du nom principal (le FMI, Fonds monétaire international). En ce qui concerne les accents, on en voit souvent dans les sigles en usage au Canada, alors qu'il faut les omettre (ENAP et non ÉNAP, CECM et non CÉCM, REER et non RÉER [à noter qu'il faut prononcer « réerre » et non « rire » ]). Cependant, en France, il est courant de ne pas mettre d'accents sur les majuscules, ce qui peut entraîner de regrettables confusions, comme dans le cas suivant : UN PRETRE VOLE ET TUE qui n'a pas du tout le même sens que : UN PRÊTRE VOLÉ ET TUÉ.

Un mal nécessaire?

Le nombre de sigles et d'acronymes continuera sans doute à augmenter pour satisfaire les besoins de vitesse et d'économie d'espace. Cependant, il ne faut pas perdre de vue le but principal de la communication : être compris. De plus, le communicateur ne doit pas oublier qu'en raison de sa propre paresse, il oblige le lecteur à fournir un effort mental important, ce qui peut entraîner une perte d'intérêt. Dans l'intérêt d'une communication rapide et efficace, il est probablement préférable d'éviter les abréviations. Le texte sera un peu plus long, mais il gagnera en clarté. Au fond, il s'agit de se fier à son gros bon sens.