Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Évangéline

Daniel Bourgeois
Secrétariat aux affaires acadiennes et francophones
Gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard

2015-10-05

Le poème de Longfellow raconte une histoire fictive, mais la légende d’Évangéline se manifeste et inspire depuis 1847. C’est notamment le cas dans la région Évangéline, mais c’est également le cas au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown, où la pièce Évangéline est présentée du 14 septembre au 10 octobre 2015.

L’histoire épique mais tragique de l’amour entre Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse, déchiré par le Grand Dérangement de 1755, fut transformée en pièce musicale par Ted Dykstra et présentée pour la première fois au Centre des arts de la Confédération en 2013. L’aventure, qui sépare les amoureux lors de la déportation du peuple acadien puis les rassemble de nombreuses années plus tard à Philadelphie, a mérité les éloges des médias, notamment celles du Globe and Mail et du National Post.

L’histoire de la légendaire Évangéline a depuis longtemps dépassé le cadre d’hexamètre dactylique que Longfellow a emprunté aux œuvres de la Grèce antique telles que l’Illiade et l’Odyssée. On peut affirmer la même chose pour Évangéline, qui représente beaucoup plus qu’une simple pièce musicale pour nombre de ses participants.

Pour l’auteur, Ted Dykstra, la pièce est le fruit d’une décennie de labeur qui a bien failli être vaine, jusqu’à ce que le Centre des arts de la Confédération accepte de la monter. Pour le Centre, il s’agit du plus gros pari de son histoire. Évangéline est la première production originale présentée au Centre depuis 1999. La pièce est aussi la plus grande production musicale canadienne de tous les temps. Elle met en vedette 30 interprètes et un orchestre de 14 musiciens, ainsi que plus de 200 costumes. Son coût de production dépasse les 1,5 million de dollars.

La pièce importe davantage à la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard. D’abord, elle permet à plusieurs de ses artistes de monter sur les planches. L’artiste aux multiples talents Albert Arsenault, ancien membre des groupes Barachois et Chuck et Albert, a interprété René dans l’édition 2013. Cette année, Josée Boudreau, résidente de la région Évangéline, incarne le personnage principal.

Ensuite, la communauté acadienne a renoué avec son histoire grâce à une production musicale de qualité qui rehausse sa fierté. Le Centre a organisé des représentations spéciales lors desquelles des familles portant un nom acadien particulier étaient à l’honneur. Des centaines d’Acadiens de l’Île s’y sont rendus pour se divertir « en famille », pour ainsi dire. Aussi, la commission scolaire de langue française y a emmené plusieurs de ses élèves pour un cours d’histoire inspirant.

Enfin, la pièce informe et sensibilise la communauté anglophone sur l’histoire, le drame et la fierté du peuple acadien. À commencer par l’auteur, Ted Dykstra : « J’ai grandi à Edmonton et cette histoire ne faisait pas partie du curriculum. Je ne comprends pas pourquoi on n’enseigne pas cet événement important de notre histoire dans nos écoles. » Aubrey Cormier, à l’époque sous-ministre adjoint aux Affaires acadiennes et francophones de la province, était d’avis que le spectacle allait « favoriser une meilleure compréhension » de la réalité acadienne.

Le spectacle n’a pas d’objectif pédagogique, mais le Centre des arts a publié un guide bilingue pour permettre aux spectateurs de mieux comprendre le contenu historique évoqué sur scène. Le livret comprenait quelques pages sur la déportation et le retour des habitants de l’Isle Saint-Jean (le nom de l’Île-du-Prince-Édouard à l’époque), même si le spectacle musical traite de la déportation des Acadiens de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Le 16 juin 2014, en reconnaissance des efforts pour faire connaître « le drame de la Déportation des Acadiens, une page d’histoire méconnue, voire inconnue, d’un grand nombre de Canadiens », le Comité historique Sœur-Antoinette-DesRoches a remis au Centre des arts, en présence du gouverneur général du Canada et des lieutenants-gouverneurs des provinces canadiennes, son prix annuel Gilbert-Buote pour la présentation de la pièce Évangéline et la publication du guide d’accompagnement.

Si le périple de la légendaire Évangéline s’est déroulé le long de la côte américaine sur de nombreuses années, celui de la pièce sera chronologiquement plus bref mais géographiquement plus étendu. Après les représentations données au Centre des arts de la Confédération, les interprètes se déplaceront à Edmonton pour divertir les amateurs de théâtre musical au théâtre Shoctor du 31 octobre au 22 novembre 2015. Par la suite, la direction du Centre des arts de la Confédération souhaite voir la pièce prendre l’affiche sur Broadway. Si Évangéline se rend aux États-Unis, elle y connaîtra un séjour beaucoup plus heureux que celui vécu en 1755.