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Des générations d'assimilation : mon parcours en tant que francophone

Jacq Brasseur
Territoires-du-Nord-Ouest
Association canadienne des professeurs d'immersion

2015-05-11

Un jour, pendant un cours de français dans une école d'immersion de Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), j'ai demandé à une de mes amies ce qu'elle allait faire pendant la fin de semaine. Je lui ai posé la question en français. Elle m'a regardé d'un air perplexe et m'a répondu : « Why are you speaking French? ».

C'est à ce moment que je me suis rendu compte que ma passion pour la langue française, laquelle avait probablement pris racine dans l'héritage canadien-français de mon grand-père paternel, était très inhabituelle pour une étudiante dans un programme d'immersion. Depuis ce moment, je me suis dévouée à la langue française.

Deux ans après avoir terminé l'école secondaire, j'ai été approchée par le coordinateur de Jeunesse TNO, un organisme de la Fédération franco-ténoise, pour siéger au conseil de direction de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF). Quand j'ai appelé ma mère pour lui faire part de la nouvelle, elle m'a demandé : « Do they know you're an anglophone? ».

À ce moment, ma compréhension de ce qu'était un « anglophone » était vraiment différente de celle que j'ai aujourd'hui. Maintenant, je m'identifie fièrement comme francophone et je vais vous dire pourquoi.

Trois ans plus tard, je suis toujours membre du conseil de la FJCF et représentante des TNO au sein d'une communauté nationale de jeunes francophones. L'occasion de rencontrer des jeunes activistes, non seulement dans le domaine linguistique, mais aussi dans les domaines des droits des Autochtones, des droits des étudiants et des droits de la personne, me tient à cœur.

C'est en septembre dernier que j'ai vraiment découvert mon identité francophone. J'étais au congrès de l'Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF), et après avoir parlé avec de nombreux francophones, j'ai commencé à m'interroger plus sérieusement au sujet de mon propre héritage linguistique.

Mon grand-père, Joseph Brasseur, fils d'une femme cajun et d'un homme québécois, vivait à Lampman en Saskatchewan. Il y avait d'autres francophones à Lampman, et mon grand-père a résisté à l'assimilation anglophone jusqu'à ce qu'il déménage à Outlook à l'âge de 17 ans.

Outlook était une ville dont les habitants étaient essentiellement d'origine norvégienne et où il y avait un fort sentiment anti-francophone. Pour cette raison, mon grand-père a arrêté de parler français, puis a pris la décision de vivre le reste de sa vie en anglais pour éviter la discrimination linguistique. Il a rencontré ma grand-mère, une femme islandaise, et ils ont eu cinq enfants. À cause de la discrimination envers les francophones, quand mon père est né, on lui a donné un nom très anglophone : Garth.

Moi? Je me compte chanceuse d'avoir un nom qui symbolise mon identité francophone et j'en remercie mes parents – mes parents anglophones. Mon grand-père a perdu son français, et par surcroît, mon père n'a pas eu l'occasion de faire partager sa culture et son héritage linguistique à moi, sa fille.

Aujourd'hui, je m'identifie comme francophone. Je me demande pourquoi, pour les autres francophones, le seul critère pour être francophone est d'avoir le français comme langue maternelle. Pourquoi le monde anglophone, avec sa forte capacité à assimiler les personnes parlant d'autres langues, aurait-il le pouvoir de déterminer si ma famille et moi sommes francophones ou non? Je vous implore, s'il vous plaît, de réévaluer votre perspective de ce qu'est un francophone.

Sans l'école d'immersion, je n'aurais jamais eu la motivation ni pris l'initiative d'apprendre le français et de redécouvrir mon héritage. Je me bats pour le droit de parler et de m'exprimer en français chaque jour et je n'ai aucun membre de ma famille qui m'aide. Ils ne le pourraient pas, même s'ils le voulaient. Je dois constamment résister à l'assimilation anglaise. Il m'est déjà assez difficile de livrer cette bataille sans ma famille; j'aimerais que les autres francophones se montrent solidaires avec moi.

Si j'ai appris une chose de mon expérience en immersion, ainsi que dans mon travail d'activiste linguistique, c'est que pour faire partie de la francophonie, il y a bien plus qu'une seule histoire.