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Une jeune chercheuse s’intéresse à la technologisation des cours de traduction

Mafoya Doussoumon, stagiaire en communication
Centre de recherche en technologies langagières

2015-02-09

Le 25 février 2014, le Centre de recherche en technologies langagières (CRTL) annonçait ses nouvelles orientations axées entre autres sur l’adoption du numérique et le développement technologique en informatique décisionnelle. Ce changement permet au CRTL de regrouper davantage d’ambassadeurs du domaine de l’innovation. L’une des actions qui contribuent au repositionnement du CRTL est le programme de valorisation des chercheurs émergents dans le domaine des technologies langagières et de l’informatique décisionnelle. Ce programme vise tout chercheur dans un domaine connexe, en études langagières, ou dans des technologies utiles à ces domaines, qui réalise ou amorce une maîtrise ou un doctorat.

Jessica Cyr est étudiante à la maîtrise en traductologie de l’Université d’Ottawa et bachelière en traduction et rédaction de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Elle manifeste un intérêt pour la traduction professionnelle et son enseignement tout en nourrissant l’ambition de combler l’écart entre la formation des traducteurs et le marché du travail. Elle cible particulièrement l’utilisation des technologies langagières dans les cours pratiques de traduction. Nous l’avons rencontrée pour une discussion sur sa recherche.

Voici le compte rendu de l’entretien que nous avons réalisé avec Jessica Cyr.

Quel est votre parcours d’étudiante en traduction et en technologies?

En 2009, j’amorçais le programme de baccalauréat en traduction et en rédaction de l’UQO à Gatineau. Au cours des trois années suivantes, j’ai acquis diverses connaissances et compétences en traduction, dont quelques-unes en outils informatiques pour langagiers. Comme mes cours se donnaient très souvent dans un laboratoire informatique, je me suis initiée rapidement aux technologies langagières dans mon cheminement. Par ailleurs, grâce à la proximité du CRTL, mes collègues de classe et moi-même avons eu la chance de tester le bureau virtuel de LinguisTech. Cette innovation dans le domaine langagier, qui rend accessible tout un ensemble d’outils, a piqué ma curiosité et m’a poussée à m’interroger sur les réactions de la communauté par rapport aux technologies langagières. Mes premières réflexions sur le sujet ont été publiées sur le blogue du site Web de LinguisTech dans le cadre de son développement à l’été 2011. Après l’obtention de mon baccalauréat en 2012, je me suis inscrite à la maîtrise en traductologie de l’Université d’Ottawa pour poursuivre ma recherche en pédagogie de la traduction. En considérant les limites inhérentes à un projet de maîtrise et mon intérêt pour la recherche en technologies langagières, j’ai décidé d’orienter mon mémoire vers ces dernières.

Qu’est-ce qui vous pousse à vous intéresser à l’enseignement de la traduction?

Mon expérience en tant qu’étudiante d’un programme de traduction m’a amenée à me questionner sur l’enseignement de la discipline, dont les tâches des professeurs et chargés de cours, le curriculum des programmes universitaires en traduction et les méthodes d’enseignement. Par ailleurs, puisque j’aspire à enseigner la traduction à l’université, je souhaite contribuer à la recherche en pédagogie de la traduction.

Qu’est-ce qui vous amène à vous intéresser plus particulièrement à la situation actuelle des technologies langagières dans les cours pratiques de traduction au pays?

Au Canada, comme vous le savez, la traduction se pratique dans un contexte bien particulier, notamment en raison de la Loi sur les langues officielles. Conformément à une politique linguistique comme la nôtre, toute documentation doit généralement être produite à la fois en anglais et en français. Par conséquent, les traducteurs ne manquent pas de travail et ont même souvent besoin d’aide, plus particulièrement de celle des technologies langagières. Selon mon expérience et mes observations générales, bien que ces technologies soient indispensables à la boîte à outils du traducteur d’aujourd’hui, dans les programmes universitaires, on enseigne aux étudiants le mode d’emploi de ces outils dans des cours où l’on ne fait pas de pratique traductionnelle plutôt que d’en intégrer l’utilisation dans les cours pratiques de traduction. À leur arrivée sur le marché du travail, les nouveaux traducteurs font alors face à tout un défi technique, en plus de toutes sortes d’autres défis, ce qui a des répercussions certaines sur leur travail et leur évolution sur le marché. Dans l’objectif d’améliorer l’intégration de ces outils dans les cours pratiques de traduction, je cherche d’abord à connaître la place qu’ils occupent dans ces cours.

Quelles hypothèses explorez-vous en ce qui concerne l’impact de l’utilisation des technologies langagières dans les cours pratiques de traduction?

Dans ma recherche, je n’avance aucune hypothèse particulière. Il s’agit d’une étude exploratoire. Je tiens simplement à découvrir les pratiques d’enseignement et d’apprentissage avec les technologies langagières dans les cours pratiques de traduction pour connaître la place qu’occupent celles-ci dans ces cours. Ceci révèlera également les pratiques exemplaires en matière de technologies.

Quelles perspectives d’avenir envisagez-vous pour l’utilisation des technologies langagières dans les cours pratiques de traduction au Canada, et dans le monde professionnel?

Selon moi, les technologies langagières, notamment les mémoires de traduction, sont là pour rester et leur utilisation sur le marché du travail ne fera qu’augmenter. Certes, elles évolueront sans doute, je l’espère, avec la rétroaction des utilisateurs, c’est-à-dire les traducteurs. Afin de favoriser une activité professionnelle proactive chez ces derniers, les technologies doivent être maîtrisées pendant qu’ils étudient à l’université pour éviter que les outils mis à leur service ne les mènent par le bout du nez.

CRTL : Évidemment, cette perspective pourrait être modifiée à la lumière de votre recherche et de l’étude des résultats. Une seconde entrevue pourrait alors être fort intéressante!

Qu’est-ce qui vous a convaincue de vous joindre au Programme de valorisation des chercheurs émergents du CRTL? Qu’y trouvez-vous comme avantage ou que pensez-vous en retirer?

Manifestement, comme j’aspire ambitieusement à « changer le monde » de l’enseignement de la traduction, ou plutôt à le faire évoluer dans l’ère technologique, je souhaite profiter de la visibilité que peut offrir le Programme à ma recherche et, ainsi, rendre accessible à tous les résultats de mon étude de même que les propositions présentées dans mon mémoire qui sera publié en 2015.