Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Le Cadre européen commun de référence pour les langues, un cadre unificateur au Canada

Quelques exemples de réalisations dans les provinces atlantiques

Christine Thibaudier-Ness
Conseillère en français (immersion), ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance (Île-du-Prince-Édouard)
Association canadienne des professeurs d’immersion

2014-12-15

Sur la couverture du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR), on peut lire trois mots simples qui décrivent bien ce qui se passe exactement dans une salle de classe : enseigner, apprendre et évaluer. Aussi évidents qu’ils puissent paraitre, ces trois mots ont une incidence directe sur ce qui régit le rôle des éducateurs dans la classe et ils ont sans aucun doute de fortes répercussions sur le destin des élèves. Ce n’est donc pas par hasard qu’ils se retrouvent dans un document comme le CECR. Éducateurs et élèves sont liés et les principes du CECR consolident cette relation.

Près de dix ans se sont écoulés depuis la première rencontre nationale d’éducateurs canadiens venus s’informer ou échanger sur les contenus du Cadre à Edmonton. Le temps est venu de réfléchir et d’évaluer les apports du Cadre aux programmes de langues secondes, officielles, additionnelles ou étrangères et son influence positive sur l’enseignement, l’apprentissage et l’évaluation dans l’enseignement des langues.

Nul doute qu’à travers toutes les manifestations tenues depuis sa parution en 2001 et son introduction officielle au Canada en 2005 (réunions, ateliers, publications, recherches, séminaires, comités et formations), le CECR a non seulement fait parler de lui mais il a aussi fait agir.

Le Cadre est un objet à faire penser. Neutre et ouvert à toutes les approches pédagogiques, il offre des pistes de réflexion sur la valeur qualitative des compétences développées par les apprenants, peu importe leur origine. Ainsi, dans les provinces atlantiques, un comité de travail sur les programmes d’enseignement en langues secondes pour le Conseil atlantique des ministres de l’Éducation et de la Formation (CAMEF) a adopté le Cadre en 2008 pour préciser l’apprentissage et l’évaluation de ses élèves de la maternelle à la 12e année. De fait, comment ne pas adhérer à une approche actionnelle mettant l’accent sur les capacités de l’élève et non sur ses lacunes, à des principes de littératie pour apprendre et se responsabiliser en tant qu’apprenant à vie, à des échelles d’évaluation en continu basées sur des descripteurs transparents et renvoyant à des habiletés concrètes, précises et logiques, et à une ouverture sur les distinctions socioculturelles qui caractérisent et accompagnent toute forme d’échange langagier?

Le CECR est également un outil de clarification. À partir d’éléments faciles à manipuler comme des tableaux d’habiletés, de compétences ou de savoirs, des explications simples et précises sur les enjeux de la réalisation d’une tâche et ses étapes ainsi que des distinctions sur les différents types de connaissances et d’habiletés sous forme de catégories relevant du quotidien, le Cadre facilite la conception d’outils permettant de valoriser l’apprentissage et la responsabilisation des élèves.

Grâce à l’harmonisation des résultats d’apprentissage spécifiques des programmes d’études pour l’enseignement des langues dans les provinces atlantiques avec les descripteurs validés par le Conseil de l’Europe issus de diverses sources1, il a été possible de mettre à l’essai avec succès un portfolio en ligne associé à un outil sur le choix de carrière pour les élèves de tous les programmes de langues officielles de la 7e à la 12e année.

Cette harmonisation a également permis de combler des lacunes sur le plan de l’enseignement de l’oral, notamment de l’écoute, et de développer des outils d’évaluation équitables dans ce domaine souvent difficile à mesurer.

À plus grande échelle, le CECR continue de servir de guide dans l’élaboration des programmes d’études et dans la précision des attentes relatives au choix des tâches destinées à faire vivre aux élèves des expériences authentiques de communication. Les structures qu’il propose, tant sur le plan de l’élaboration que sur les plans de l’enseignement ou de l’apprentissage, assurent une cohérence dans les étapes marquant le développement des savoirs.

L’intérêt des enseignants pour participer aux travaux portant sur le curriculum et les programmes d’études s’est également accru. Si on remarque un plus haut degré de confiance des élèves dans leur apprentissage, on notera aussi cette plus grande confiance chez les enseignants pour s’engager et collaborer dans la réalisation de travaux touchant leur pédagogie d’enseignement. Le choix de ressources authentiques (outils électroniques ou documents) illustre bien cette tendance au rapprochement entre les protagonistes de la salle de classe.

Le succès de l’adoption du CECR dans nos provinces s’affirme finalement par l’introduction du DELF (diplôme d’études en langue française) dans les classes2. Cette année, à l’Île-du-Prince-Édouard, tous les élèves de 12e année en immersion ont passé cet examen. Cette prise de risque a permis à 290 candidats de se mesurer à des échelles internationales et de passer des épreuves les exposant à des situations nouvelles, quel que soit leur choix.

D’emblée, l’adoption massive du DELF et du DALF (diplôme approfondi de langue française) au Canada et son influence sur l’engagement renouvelé des élèves du secondaire en particulier parlent d’elles-mêmes. Le développement de portfolios dans des formats papier (Lafargue, Turnbull) ou électronique (CAMEF) a encouragé la responsabilisation des élèves et la personnalisation de leurs expériences langagières en y ajoutant un élément culturel qui était souvent difficile à marier à la pédagogie.

Pour les éducateurs, le CECR s’est intégré comme outil à penser, pour revoir et réexaminer l’enseignement, la pédagogie et les fonctions langagières. Il leur a permis de mieux comprendre la valeur de l’évaluation et son potentiel pour motiver les élèves et les encourager à se donner des défis grâce à des énoncés « je peux ». Les élèves peuvent ainsi s’impliquer plus concrètement dans leurs tâches et développer leurs propres mécanismes et outils de rétroaction (ou d’autocritique).

Enfin, outil pour apprendre et comprendre les mécanismes et les usages de la langue, le CECR est devenu un outil rassembleur et unificateur pour développer un matériel didactique pertinent et harmonisé avec des objectifs précis pour tous les acteurs de la classe. Les niveaux explicités dans le Cadre sont devenus une référence pour les concepteurs de ressources et, leur transparence, un moyen cohérent d’entretenir des échanges en utilisant un même langage d’une administration à l’autre.

Tout bien considéré, il est bon de voir le chemin parcouru depuis la vision canadienne que rapportait, en 2006, Larry Vandergrift dans Nouvelles perspectives canadiennes (p. 7-8) :

L’adoption d’un cadre commun de référence pour les langues procurerait aux provinces et aux territoires un système transparent et cohérent de description de la compétence langagière. En plus de fournir des paramètres permettant aux systèmes d’éducation partout au Canada de calibrer la compétence langagière, un cadre commun de référence pour les langues permettrait à tous les intervenants de s’entendre sur le sens de la notion de compétence fonctionnelle. Il pourrait faciliter la collaboration entre les ministères de l’Éducation, fournir une base pour la reconnaissance mutuelle des qualifications linguistiques et permettre d’assurer le suivi des progrès réalisés par l’apprenant, dans le temps et dans des provinces et territoires. Un tel cadre pourrait être utilisé par chaque province et territoire comme point de référence pour l’enseignement des langues et l’évaluation, sans qu’il faille imposer un programme d’enseignement, une méthode pédagogique ou une norme en particulier.

Maintenant que les pratiques sont en place, poursuivons les efforts de nos prédécesseurs. Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de ce que Larry Vandergrift envisageait et profiter d’un « cadre commun » qui pourrait « favoriser un rapprochement entre les systèmes d’enseignement officiel, le milieu de travail et les institutions culturelles »?

Retour à la note1  Les bases de données de descripteurs.

Retour à la note2  Le DELF, né en 2005 et introduit au Canada en 2008, comptait plus de 7 000 candidats (universités, collèges et Alliances françaises) au Canada en 2014.