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Les travailleurs du texte et leurs outils de prédilection

Marie-Josée Goulet, professeure agrégée, Département d’études langagières, Université du Québec en Outaouais

Laurence Pelletier, candidate à la maîtrise en études langagières, Université du Québec en Outaouais

2014-11-03

Comme toutes les professions de la société du savoir, la rédaction est en pleine mutation technologique. Multiplication des formats de textes électroniques, caractère diffus du destinataire virtuel, cohabitation de contenus textuels et audiovisuels, importance de la conception visuelle, outils informatiques de plus en plus spécialisés… Tels sont quelques-uns des défis auxquels les rédacteurs professionnels doivent faire face aujourd’hui. Afin de décrire la place et le rôle des technologies dans cette activité professionnelle qu’est la rédaction, nous avons mené un sondage auprès de 414 Canadiens et Canadiennes. Il s’agit de la plus importante étude quantitative effectuée à ce jour sur le sujet.

Qui sont les travailleurs du texte?

Les participants de la recherche étaient tous des « travailleurs du texte », c’est-à-dire des personnes qui rédigent quotidiennement pour leur travail ou qui consacrent au moins la moitié de leur temps de travail à rédiger. Les résultats du sondage indiquent que les travailleurs du texte sont présents dans plusieurs secteurs d’activité (fonction publique, universités, médias, etc.) et qu’ils sont appelés à produire de nombreux types de textes (19 au total), couvrant des centaines de sujets. Le sondage suggère par ailleurs que bon nombre de travailleurs du texte ne s’identifient pas comme tels. En effet, 45 % d’entre eux exercent une profession dite « langagière » (par exemple rédacteur ou réviseur), alors que 55 % occupent d’autres postes (par exemple fonctionnaire ou professeur).

Quels sont leurs outils de prédilection?

Le sondage incluait 15 outils informatiques. Personne ne s’étonnera du fait que le traitement de texte, le suivi des modifications et le correcteur de Word figurent parmi les plus utilisés. Les résultats du sondage nous apprennent également que le Web constitue une source privilégiée d’information : plusieurs travailleurs du texte utilisent des encyclopédies électroniques, et certains consultent des blogues et des forums de discussion. Les fureteurs font également partie des outils de prédilection des travailleurs du texte, les plus populaires étant Internet Explorer, Chrome et Firefox. En outre, certains outils ont du mal à se tailler une place dans l’arsenal informatique du rédacteur, par exemple les mémoires de rédaction et les outils de cartographie conceptuelle.

Que pensent-ils de leurs outils de travail?

Nous avons également cherché à savoir pour quelles raisons certains outils informatiques ne sont pas utilisés. Parmi toutes les raisons proposées, deux ressortent du lot : les outils sont méconnus ou inutiles. Pour les correcticiels, les mémoires de rédaction, les concordanciers et les bases de données terminologiques, plusieurs participants ont affirmé ne pas les utiliser par méconnaissance. Selon nous, si les travailleurs du texte connaissaient ces outils et leurs fonctions, une grande majorité d’entre eux pourrait y avoir recours. Pour ce qui est des logiciels de cartographie conceptuelle, des forums de discussion, des plateformes de travail collaboratif et des blogues, plusieurs participants ont affirmé ne pas en avoir besoin. C’est donc dire que ces outils sont jugés inutiles en rédaction professionnelle.

De façon générale, cette étude nous apprend que les rédacteurs considèrent qu’il y a beaucoup plus d’avantages à utiliser les outils que de désavantages : ils sont plus de 75 % à croire que les outils informatiques leur permettent de travailler plus efficacement, de rédiger plus rapidement, de rédiger des textes de qualité supérieure et de rédiger des textes plus uniformes. En contrepartie, moins de 20 % des répondants estiment que les outils informatiques d’aide à la rédaction ne sont pas efficaces, qu’ils ralentissent leur rythme de travail, qu’ils nuisent à leur créativité et qu’ils ne sont pas fiables. De plus, les rédacteurs ont affirmé le besoin d’en apprendre plus sur certains outils, toutes catégories confondues.

Quel futur pour les travailleurs du texte?

Dans la dernière partie du sondage, les participants étaient appelés à se prononcer sur quelques propositions d’amélioration. Il en ressort que les travailleurs du texte croient qu’il devrait être plus facile de travailler avec plusieurs outils en même temps. Par ailleurs, le suivi des modifications dans Word devrait être plus convivial et le traitement de texte devrait inclure plus d’outils et de fonctions automatiques (par exemple pour analyser, résumer et traduire). Selon nous, ces résultats pourraient indiquer la pertinence de développer un environnement informatique unique qui intègrerait tous les outils dont le rédacteur a besoin pour effectuer son travail. 

Nous sommes plutôt optimistes par rapport aux futures technologies de rédaction. Il faut toutefois veiller à ce que ces technologies servent les travailleurs du texte et que ces derniers puissent participer à l’amélioration de leur environnement de travail.

Pour en savoir plus sur le sujet, consultez le site Web de la professeure Marie-Josée Goulet.