Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Entrevue avec Jean Quirion, professeur à l’Université d’Ottawa

David Dufour, coordonnateur des communications
Centre de recherche en technologies langagières

2014-03-17

A photo of Professor Jean Quirion of the University of OttawaAujourd’hui, l’équipe du Centre de recherche en technologies langagières (CRTL) donne la parole à Jean Quirion, professeur à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa. Collaborateur actif de LinguisTech, notamment dans l’élaboration de la Collection électronique de ressources en technologies de la traduction (CERTT), M. Quirion est un homme passionné et impliqué dans son domaine. Voici l’entretien que le professeur a généreusement donné à notre équipe.

  1. Parlez-nous brièvement de votre parcours professionnel et universitaire.

    R. J’ai fait un baccalauréat ainsi qu’une maîtrise en traduction à l’Université Laval. Par la suite, j’ai eu l’occasion d’acquérir de l’expérience sur le marché du travail dans le secteur privé, chez IBM, et le secteur public, au Bureau de la traduction. C’est à l’Université de Montréal que j’ai fait mon doctorat, ce qui m’a permis d’enseigner à l’Université du Québec en Outaouais pour douze années, puis de devenir professeur à l’Université d’Ottawa, où je travaille présentement.

  2. Qu’est-ce qui vous a valu le prix de Bénévole de l’année au Canada du Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada (CTTIC) en 2010?

    R. Je me le demande encore! En fait, des collègues ont voulu que soit reconnu mon engagement de longue date au sein du Comité mixte sur la terminologie au Canada (CMTC). Le mandat de ce comité est de promouvoir la terminologie sous toutes ses formes et de toutes les façons. Le Répertoire des terminologues au Canada a vu s’auto-inscrire à ce jour plus de 250 terminologues et terminophiles. Le Comité publie régulièrement des informations sur son site, informations qu’il envoie aussi aux membres du répertoire. Le nouveau site du CMTC a d’ailleurs été lancé en février. De plus, le Comité organise régulièrement colloques et journées d’étude sur divers aspects de la terminologie. C’est donc un honneur d’avoir été reconnu par le CTTIC.

  3. Quels sont les défis que pose l’enseignement des technologies langagières comparativement aux années précédentes?

    R. Les défis sont moindres aujourd’hui. Il y a une quinzaine d’années, les compétences de base en informatique n’étaient pas acquises par tous les étudiants. Cela ralentissait considérablement le travail d’acquisition des logiciels spécialisés pour langagiers, qui étaient eux-mêmes, à l’époque, moins conviviaux qu’aujourd’hui. Sauf exception, les étudiants entrent aujourd’hui à l’université avec une culture informatique considérable. Ils connaissent bien la technologie et s’attendent à l’utiliser dans l’exercice de leurs fonctions. Il n’est donc pas nécessaire de les convaincre comme il fallait le faire autrefois.

    Cela dit, nombre d’aspirants traducteurs ont une vision romantique de la profession : traduction littéraire, travail à la maison et à son rythme, par exemple. Or, les cours portant sur les technologies langagières lèvent le voile sur les aspects mécaniques de la profession, sur les contraintes techniques associées au travail de traduction, sur la productivité, sur les tarifs réels et attendus, etc. Je dirais que le défi réside plutôt dans la prise de conscience de l’effet qu’ont les technologies langagières sur la profession afin que le futur langagier en ait une vision critique, mais réaliste. À la veille d’une carrière langagière, les étudiants sont encouragés à redresser l’échine plutôt qu’à la courber.

  4. Parlez-nous de votre recherche en cours sur l’influence du Québec sur la Catalogne dans les domaines de la terminologie, de l’aménagement linguistique et des politiques linguistiques.

    R. C’est une recherche que je prépare avec la professeure Judit Freixa de l’Institut Universitari de Lingüística Aplicada de l’Universitat Pompeu Fabra. Dans les ensembles espagnols et canadiens, la Catalogne et le Québec partagent plusieurs caractéristiques. Bénéficiant tous deux de pouvoirs politiques, économiques et linguistiques, ils les ont mis à profit pour les travaux d’aménagement linguistique et terminologique sur leur territoire respectif. En outre, les sociétés catalane et québécoise ont en commun que leur langue nationale est minoritaire au sein du pays, ce qui a engendré au fil du temps la mise en place de multiples mesures pour la préserver et la dynamiser. Notre recherche, dont les résultats ont été publiés dans le numéro de décembre 2013 de la revue Meta, retrace la forme qu’ont pris les nombreux échanges entre le Québec et la Catalogne depuis le milieu des années 1970, moment-clé pour l’affirmation linguistique des deux peuples. Les diverses facettes de l’apport du Québec à la Catalogne en ce qui touche l’aménagement linguistique sont plus particulièrement examinées. Ces échanges ont inspiré les Catalans dans la création de leurs politiques d’éducation et de normalisation terminologique, notamment; citons entre autres l’Office québécois de la langue française qui trouve en Termcat un équivalent catalan depuis maintenant 25 ans. En plus des idées, les autres formes des échanges québécois-catalans sont décrites. Nous dressons également un bilan des échanges Québec-Catalogne, notamment pour déterminer globalement l’impact qu’aura eu l’influence québécoise dans la discipline. Nous concluons que, depuis nombre d’années, la Catalogne rayonne fortement dans le domaine terminologique : elle est devenue elle-même un important lieu de diffusion vers d’autres communautés et constitue à son tour une source d’inspiration pour le Québec.