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L’immersion franšaise – Perspectives des familles immigrantes

Gordon Campbell
Association canadienne des professeurs d’immersion

2014-03-03

L’immersion française a commencé en 1965 à Saint-Lambert, au Québec, pour répondre aux besoins des familles anglophones qui voulaient le bilinguisme pour leurs enfants. Depuis, le Canada a beaucoup changé. Les immigrants au Canada viennent de tous les coins du monde. Beaucoup d’écoles comptent plus d’enfants nés hors du pays que d’enfants nés au Canada. En reconnaissant l'importance de respecter et d'écouter la communauté immigrante de mon école, j'ai décidé d’échanger avec plusieurs familles pour connaître leurs opinions au sujet de l'immersion.

Lorsqu’elles arrivent au Canada, les familles immigrantes doivent être informées des options éducatives qui s’offrent à elles, et l’éducation en immersion doit leur être présentée comme une option réellement envisageable et avantageuse pour leurs enfants. Il faut dissiper les mythes pour que les familles puissent reconnaître que tout le monde peut réussir en immersion. Les éducateurs en immersion doivent créer des liens avec la communauté immigrante pour que leurs écoles soient vues comme des milieux accueillants qui valorisent l’éducation multiculturelle et inclusive dans une perspective globale.

À l’école où j’enseigne, nous essayons d’être une communauté inclusive. Par exemple, au lieu de présenter un concert de Noël traditionnel, nous tenons des soirées avec des thèmes tels que la guignolée ou le réveillon, le Nouvel An chinois, Mardi gras, une soirée Bollywood et une soirée caribéenne. Ces thèmes reflètent la diversité des communautés de notre école. Un parent originaire de l’Iran m’a confié  qu’il se sentait inclus à l’école grâce à ces soirées thématiques. Il m’a dit qu’il apprenait beaucoup sur les coutumes des autres et qu’il se sentait comme un membre égal de la communauté parce que tout le monde apprenait avec lui. Si nous présentions un concert de Noël traditionnel, il se sentirait exclu parce qu’il n’est pas de la majorité chrétienne. Avec le changement du climat sociopolitique au Canada, il importe d’avoir ces discussions à l’école et d’intégrer ces principes dans nos pratiques actuelles.

Tous les parents avec qui j’ai parlé reconnaissent que le Canada est un pays bilingue et pensent qu’il est important que leurs enfants apprennent les deux langues officielles. Toutes ces familles parlent une autre langue à la maison – le mandarin, le russe, le yoruba, le bengali et le vietnamien. Chaque famille valorise l’apprentissage de plusieurs langues. Un parent écrit :

Bien que ça semble banal, le monde est devenu un grand village. Les avancées de la technologie, des télécommunications et du transport ont brouillé les frontières internationales. Les gens qui parlent plusieurs langues et qui ont une bonne éducation sont équipés stratégiquement pour tirer parti de ces tendances mondiales. Nous voulons donner cet avantage à nos enfants. Nous voulons qu’ils soient non seulement des citoyens du Canada, mais aussi des citoyens du monde.

La notion de citoyenneté mondiale est très importante pour chaque famille. Les familles veulent offrir le plus d’opportunités possible à leurs enfants, non seulement pour accroître leurs perspectives d’emploi futures, mais aussi pour leur donner la possibilité de communiquer avec une gamme plus variée de personnes. « Qu’il puisse communiquer en français donnerait à notre fils plus d’opportunités d’étudier, de se divertir et de s’amuser en français », affirme un parent. Un autre écrit : « Aussi jeunes qu’ils soient, nos enfants comprennent qu’en parlant deux langues internationales, ils peuvent communiquer avec un plus grand nombre de personnes, et que, lorsque deux personnes sont tout aussi qualifiées pour un travail, la personne bilingue a l’avantage. »

Les parents relatent aussi leurs difficultés à apprendre l’anglais en arrivant au Canada. L’un d’eux écrit :

C’est difficile d’apprendre une autre langue à l’âge adulte. C’est bien d’apprendre l’anglais et le français quand on est jeune. C’est plus facile d’apprendre une langue seconde durant l’enfance parce que c’est moins exigeant. La prononciation est plus facile à apprendre quand on est jeune, alors que c’est tellement difficile comme adulte.

Prenons le cas d’un enfant ayant d’importantes difficultés de langage et d’apprentissage. Les parents seront d’autant plus favorables à l’immersion si l’école est en mesure de répondre aux besoins de l’enfant et de soutenir son apprentissage. Le renforcement des concepts du fait qu’ils soient enseignés en anglais et en français aide l’enfant à accroître son habileté à comprendre et à améliorer son rendement scolaire. Les élèves en immersion essaient continuellement de comprendre le sens des messages qu’ils reçoivent, ce qui favorise le développement de leur cerveau. Cet exercice supplémentaire que doit fournir le cerveau et la double dose d’enseignement linguistique aident l’enfant à améliorer son apprentissage, ce qui ne se produirait probablement pas dans un programme unilingue.

Les programmes d’immersion doivent montrer qu’ils sont flexibles et qu’ils répondent aux besoins tant des élèves forts que des élèves faibles. Selon un parent, « en plus des avantages évidents de l’immersion, l’encouragement et l’attention que recevra l’enfant comptent pour beaucoup dans la décision des parents de choisir l’immersion. » Un autre parent écrit : « Les enfants sont beaucoup plus flexibles et résilients que nous, les adultes, le croyons. Si, comme parents, nous leur montrons que nous nous sommes engagés à les aider à réussir dans leur apprentissage du français, nous croyons que les enfants vont bien réussir. »

Les parents d’une famille russe s’étaient renseignés sur l’immersion avant d’arriver au Canada et savaient que c’était ce qu’ils voulaient comme forme d’éducation pour leurs enfants. L’un d’entre eux arrivait en maternelle en ne sachant que quelques mots d’anglais et, comme les autres enfants, ne parlait pas le français. Le parent explique :

Ma fille était comme tous les autres élèves quand elle a commencé la maternelle. Personne ne pouvait comprendre l’enseignante. Elle était au même niveau que tout le monde dans sa classe. Dans une école anglaise, elle se serait immédiatement sentie à part des autres. Je savais qu’elle apprendrait l’anglais, mais nous pouvions lui offrir le cadeau d’apprendre les deux langues officielles du Canada.

Une classe de maternelle en immersion fait appel à tous les sens des élèves. Les enseignants trouvent diverses façons de rendre le message compréhensible. Souvent, un enfant répète ce que l’enseignant dit en anglais, en renforçant le message. Maintenant, en 5e année, cette fillette parle anglais comme ses pairs, et elle est très compétente en français. Cela ne veut pas dire que les enfants immigrants n’auront jamais besoin d’appui en anglais; toutefois, il est évident que le programme d’immersion peut faciliter l’apprentissage de l’anglais et du français.

La recherche sur le bilinguisme et les programmes d’immersion appuient l’idée que deux langues peuvent être apprises simultanément, sans trop de confusion.

Tous les parents interrogés recommandent l’immersion aux autres. Souvent, ce sont eux qui en informent les familles arrivant au Canada et qui influencent leur décision de choisir l’immersion pour leurs enfants. Ces parents peuvent briser le mythe selon lequel les compétences d’un enfant en anglais doivent être fortes pour qu’on puisse l’inscrire en immersion. Grâce à leur propre expérience, ils montrent que l’immersion peut convenir à tous les enfants. Comme éducateurs, nous devons également démontrer que l’immersion fonctionne pour tous les enfants et que tous les enfants doivent être accueillis dans le programme.