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Faire aimer la lecture aux garçons

Francine Payant
Conseillère pédagogique, Calgary Catholic School District
Association canadienne des professeurs d'immersion

2014-01-13

Que faire pour motiver les garçons et susciter chez eux le goût de lire? Les enseignants jouent un rôle fondamental dans la motivation envers la lecture. Les élèves forts en lecture réussissent mieux dans toutes les matières scolaires. C'est pourquoi il faut redonner le goût de lire aux garçons, car de nombreuses recherches nationales et internationales s'accordent à dire qu'il y a un problème en ce qui concerne leur réussite scolaire. Les enseignants sont en mesure de rendre l'apprentissage de la lecture intéressant et amusant par l'intégration de pratiques d'enseignement fondées sur la recherche.

Il était une fois…

Chez les enfants d'âge préscolaire, la lecture est perçue comme un véritable plaisir. À travers les livres, ils découvrent les couleurs, les formes, les sons et les mots, ils développent le langage et vivent toutes sortes d'aventures.

Les enfants ont tous hâte d'apprendre à lire lorsqu'ils commencent l'école. Ils sont fiers parce que finalement ils pourront lire comme les grands. Les premiers apprentissages de la lecture influencent le développement ultérieur des compétences en lecture. De là l'importance cruciale du rôle des enseignants dans ce domaine. Pourquoi alors certains garçons accumulent‑ils du retard, ou même, décrochent‑ils carrément?

Les raisons

Les garçons et les filles sont plus ou moins au même point lors des premières années scolaires. Cependant, l'intérêt pour la lecture diminue chez plusieurs garçons au fil des ans, ce qui cause souvent un retard scolaire. C'est que trop souvent, les enseignants proposent des lectures qui ne rejoignent pas leurs intérêts ou qui ne sont pas à leur niveau.

D'autres explications nous viennent des recherches en neuropsychologie. Celles‑ci ont démontré que chez les garçons de 6, 7 ou 8 ans, la fonction du cerveau qui sert à la lecture n'est pas aussi développée que chez les filles, ce qui peut entraîner des difficultés. Une autre raison a trait au fonctionnement du cerveau dans le traitement de l'information. Selon Lajoie (2004), l'hémisphère gauche, verbal, décoderait plus facilement lettres et mots, gérerait les habiletés linguistiques, par exemple l'expression verbale, la lecture et la réflexion, et se développerait plus vite chez les filles. L'hémisphère droit, non verbal, qui capterait mieux images, objets et musique, serait responsable d'aptitudes musicales et visuospatiales, soit la reconnaissance de dessins, la résolution de problèmes et l'exécution de tâches, et se développerait plus vite chez les garçons.

De plus, les garçons considèrent généralement la lecture comme une « affaire de filles ». L'expression des émotions et les attitudes d'entraide et de collaboration favoriseraient l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, mais sont majoritairement associées à des comportements féminins. Par conséquent, plusieurs garçons souhaitant éviter les étiquettes, le rejet ou la peur du ridicule éviteraient d'adopter ces comportements. Qui plus est, la lecture est une activité souvent calme, alors que la plupart des garçons aiment que ça bouge!

Il y a également beaucoup moins de modèles masculins de lecteurs. On remarque toujours plus de femmes en milieu préscolaire et dans les premières années d'école. Les mères passent aussi généralement plus de temps que les pères à lire aux enfants. Les bibliothécaires sont également en majorité des femmes.

Un autre facteur important a été soulevé par les chercheurs Smith et Wilhelm (2002). Ils ont noté que les garçons apprennent à lire plus lentement que les filles et qu'ils lisent moins que celles‑ci. Les filles comprennent mieux que les garçons les textes narratifs et informatifs. Les garçons accordent moins d'importance que les filles à la lecture; ils sont moins intéressés par la lecture de détente, et préfèrent plutôt lire quelque chose d'utile. Toutefois, la question à se poser est la suivante : est‑ce qu'ils aiment ce qu'on leur donne à lire en classe? Il est possible de créer un milieu stimulant qui les attirera vers la lecture.

Des stratégies à mettre en place

De prime abord, il est essentiel de fournir aux garçons une multitude de choix de lectures en offrant une variété de livres accessibles en salle de classe et à la bibliothèque. Il faut diversifier les genres d'ouvrages mis à la disposition des garçons. En présentant une variété de genres, chacun devrait arriver à trouver ses coups de cœur. Les garçons sont davantage intéressés par les bandes dessinées, les magazines, les textes humoristiques, les textes de science ou de science‑fiction, les romans d'aventures et les rubriques sportives dans les journaux. Pour faire découvrir aux élèves de nouveaux livres, articles ou textes, il est nécessaire de leur faire la lecture à haute voix quotidiennement.

Un autre facteur primordial est la maîtrise des stratégies de lecture. Celles‑ci peuvent être acquises d'une façon implicite, c'est‑à‑dire en accomplissant certaines tâches, ou explicite, soit par l'enseignement. L'enseignement des habiletés de lecture, selon Lemery (2007), doit se faire de manière interdépendante afin d'aider les élèves à devenir des lecteurs actifs qui apprennent des connaissances et développent des habiletés, reconnaissent des connaissances antérieures, des émotions et du vécu, acquièrent des attitudes, utilisent des stratégies, des moyens, des lieux et des temps, recherchent le sens à donner et participent à des pratiques pédagogiques.

En outre, les questions à se poser avant, pendant et après la lecture peuvent grandement contribuer à la réussite des garçons en lecture. Lemery recommande d'enseigner les stratégies de lecture par des questions visant des aspects précis, par exemple, poser des questions sur le but de la lecture et faire des liens avec le vécu des élèves, faire des prédictions, poser des questions sur les personnages, les lieux, les actions, sélectionner les idées importantes, redire l'histoire dans ses propres mots, utiliser les indices du texte tels que les illustrations ou les sous‑titres, clarifier, soit en relisant ou en faisant des recherches, visualiser, synthétiser, tirer une conclusion, etc.

Un environnement d'apprentissage propice

Enfin, la salle de classe doit être un environnement d'apprentissage où les garçons se sentent à l'aise de bouger, où ils ont le choix de l'endroit où lire (coin de lecture, pupitre, table, sol, corridor, etc.). De même, les jeunes devraient être encouragés à lire à haute voix afin de permettre de travailler l'expression et la communication, en plus de fournir une belle occasion de partager avec les pairs et de développer un véritable intérêt. Les élèves peuvent lire des histoires aux plus petits, ce qui aura pour effet de donner de la confiance aux garçons qui ont plus de difficultés et leur permettra de réaliser des progrès.

D'ailleurs, l'utilisation des ordinateurs aidera à développer les compétences liées à la lecture. Avec l'ordinateur, les garçons peuvent lire à leur rythme, reculer et réviser, trouver la signification d'un mot immédiatement. Ils se sentent, de cette manière, plus autonomes et valorisés. La démarche logique peut aider en répondant à leur besoin d'action et leur procurera une rétroaction immédiate. Puisque les garçons sont souvent attirés par les nouvelles technologies, on devrait leur permettre d'utiliser toutes sortes de plateformes électroniques pour la lecture, telles que les tablettes ou les tableaux interactifs. La technologie permettra aux garçons de construire leurs apprentissages avec plus d'autonomie, leur procurera un sentiment de fierté et, conséquemment, les incitera à lire davantage.

On peut aussi laisser les élèves lire spontanément à différents moments de la journée. Il est également important d'avoir une période de lecture personnelle qui permette aux élèves de lire le livre de leur choix (tout en s'assurant que le niveau du texte correspond au niveau d'apprentissage) et qui donne à l'enseignant la chance de travailler avec un ou quelques élèves sur une stratégie spécifique.

Dans l'intention de donner encore plus envie de lire aux garçons, on doit essayer de montrer plus de modèles masculins de lecteurs. Ainsi, lorsque c'est possible, les enseignants peuvent inviter un papa, un athlète ou un homme connu dans la communauté.

Conclusion

Un problème de motivation au niveau élémentaire chez les garçons entraîne de sérieux problèmes plus tard, dont la baisse alarmante de motivation, des résultats scolaires médiocres et le décrochage scolaire. Afin de contrer cette tendance alarmante, les enseignants doivent devenir des intervenants qui animeront et géreront la construction de sens en lecture, faciliteront le développement de stratégies, favoriseront les interactions enrichissantes entre les élèves et établiront un processus d'évaluation qui aura une fonction formative dans l'acquisition des compétences en lecture (Lemery).

Pour un garçon, un bon livre est un livre qu'il a envie de lire. De nombreux petits garçons ont découvert le plaisir de lire avec le fameux Livre Guinness des records. Et pourquoi pas? Ce qui compte, c'est de continuer de les alimenter après leurs premiers coups de cœur afin qu'ils s'épanouissent encore davantage (Dominique Demers, 2002).

Ce qui semble essentiel, c'est de s'assurer que chaque garçon trouve à l'école ce qui le passionne et de l'encourager à s'épanouir. Si le contexte d'éducation est attrayant pour les garçons, ceux‑ci amélioreront leur rendement scolaire et leur estime d'eux‑mêmes, et trouveront la confiance d'explorer les possibilités qui s'offriront à eux.

Références

Demers, D. (2002). Dix secrets pour aimer lire. http://www.bataille‑des‑livres.ch/batlivre/auteurs/demers/10secrets/0secret.htm.

Éducation Ontario (2005). Moi, lire? Tu blagues! Ontario, Canada.

Lajoie, G. (2004). L'école au masculin. Réduire l'écart de réussite entre garçons et filles. Sainte‑Foy, Canada : Septembre Éditeur.

Lemery, J.‑G. (2007). La lecture et les garçons. Montréal, Canada : Chenelière Éducation.

Réseau canadien de recherche sur le langage et l'alphabétisation (2009). Pour un enseignement efficace de la lecture et de l'écriture : une trousse d'intervention appuyée par la recherche, Ontario, Canada.

Smith, M. W. et Wilhelm, J. D. (2002). Reading Don't Fix No Chevys: Literacy in the Lives of Young Men. Portsmouth, NH : Heinemann.