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L’apprentissage du français au niveau postsecondaire : le goût de la nécessité

Chloé Le Mao, rédactrice au journal La Liberté
Canadian Youth for French

2013-09-16

La propagation du bilinguisme au Canada semble connaître un ralentissement et face à cela, Canadian Youth for French (CYF) choisit de réagir. Pour relancer le mouvement, c'est dans l'environnement postsecondaire que cet organisme voit de l'espoir.

Une nouvelle tendance préoccupante

C'est un fait qu'on ne peut nier : le bilinguisme fait marche arrière au Canada. En effet, selon une récente étude de Statistique Canada, au cours de la dernière décennie, la proportion de Canadiens et de Canadiennes capables de soutenir une conversation en français et en anglais a décliné. Une première depuis 50 ans.

Durant ces dix années, la population totale a en effet augmenté plus rapidement que la population bilingue pour la première fois depuis 1961. La proportion de personnes capables de s'exprimer en anglais et en français a ainsi diminué au cours de la période, passant de 17,7 % à 17,5 %.

Par ailleurs, la situation reste hétérogène à l'intérieur du pays. Le Québec fait figure d'exception en étant la seule province du Canada à connaître un élargissement du bilinguisme, avec 42,6 % de ses résidants ayant déclaré pouvoir soutenir une conversation dans les deux langues en 2011, contre seulement 40,8 % en 2001. Dans les autres provinces, en revanche, en proportion, on assiste à un déclin progressif du bilinguisme.

Deux facteurs principaux permettent d'expliquer cette situation. Le premier est structurel : il s'agit de la hausse du nombre d'immigrants, qui, à l'exception du Québec, a contribué à une hausse de la population non bilingue dans les différentes provinces du Canada. Le second est d'ordre culturel : il concerne le déclin de la proportion d'élèves du primaire et du secondaire exposés au français comme seconde langue.

Canadian Youth for French : investir pour l'avenir

Devant ce constat, CYF se fait un devoir de réagir. « Cela fait plus de quarante ans que l'on investit dans la promotion du bilinguisme et de la dualité linguistique au Canada, explique Justin Morrow, fondateur et directeur général de CYF. Il n'y a aucune raison qu'une si faible proportion de la population canadienne soit bilingue aujourd'hui. Il est sérieusement temps d'inverser la tendance. »

Pour CYF, de nombreux progrès peuvent et doivent encore être faits. Cet organisme travaille en effet depuis quatre ans déjà à redorer le blason de la langue française et à permettre au bilinguisme de s'étendre à un public le plus large possible. « Beaucoup de personnes sont en faveur du bilinguisme et de la dualité linguistique, mais dès qu'il s'agit de trouver des moyens de les mettre en œuvre, elles manquent de ressources ou alors ne peuvent trouver de solutions, indique Justin Morrow. Pour sa part, CYF répond "présent". »

Dès lors, pour préserver le bilinguisme, quelle orientation adopter? « Il faut changer de stratégie, explique Justin Morrow, ne plus se concentrer uniquement sur l'enseignement primaire et secondaire, mais se pencher sur l'environnement postsecondaire. »

En effet, depuis de nombreuses années, il est couramment admis que les plus jeunes apprennent plus facilement une langue et qu'il faut ainsi concentrer les efforts aux niveaux primaire et secondaire si l'on veut enseigner à un maximum d'élèves à communiquer dans deux langues officielles. Or, d'après les recherches de CYF, seulement 5 % des jeunes sortent du secondaire en sachant parler français, et uniquement 5 % d'entre eux (soit 0,25 % des diplômés) continuent d'utiliser le français quotidiennement de 3 à 5 ans après le secondaire… Dès lors, est‑il aussi utile qu'il y paraît d'enseigner le français uniquement aux plus jeunes?

L'apprentissage du bilinguisme au primaire et au secondaire est clairement insuffisant. Quelles solutions peut‑on envisager? CYF croit que la clé de la réussite réside au niveau postsecondaire. Il s'agit d'une part d'affirmer qu'il n'y a pas d'âge pour commencer à apprendre une nouvelle langue et, d'autre part, de guider ceux ayant l'envie d'approfondir leur apprentissage vers les meilleures opportunités de le faire. C'est en effet au postsecondaire que les jeunes prennent pleinement conscience des atouts que pourra leur procurer le fait de parler les deux langues officielles, sur les plans tant professionnel, personnel qu'académique.

Si les jeunes prennent conscience de l'importance du bilinguisme, encore faut‑il qu'ils puissent mettre en pratique leur volonté d'apprendre. En effet, si pour les Canadiens francophones il est facile de pratiquer l'anglais qui est présent partout, autour d'eux ou dans la culture populaire, il n'en va pas de même pour les Canadiens anglophones tournés vers l'apprentissage du français. L'enjeu est donc simple : il s'agit de donner à tous ces jeunes déterminés à apprendre le français les moyens de répondre à leurs attentes.

« Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il existe un nombre incroyable d'opportunités. Apprendre le français ne se fait pas que dans les salles de classe; c'est aussi dans le cadre de son travail ou de la vie communautaire qu'on peut apprendre une langue. »