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Quel est le secret d'une bonne traduction?

Alain Bernier, B.A., M. Sc. COMM., FLMI, trad. a.
Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada (www) Avis d'hyperliens français

2013-08-05

Un jour, j'ai demandé quel était le secret de son succès à une représentante de haut calibre. Elle m'a répondu que c'était sa vive préoccupation pour ses clients et le grand dévouement qu'elle mettait à les servir. Il me semble que ce conseil peut également s'appliquer au domaine de la traduction. En effet, pour bien réussir une traduction, il faut, à mon avis, avoir un grand respect non seulement de la pensée de l'auteur, mais aussi du lecteur, notre client ultime.

Il y a deux façons de traduire… tout comme il y a deux façons de vivre. On peut vivre en suivant la voie du moindre effort, ou l'on peut vivre en prenant les sentiers non battus, en surmontant les obstacles qui se présentent et en gravissant des sommets toujours plus hauts. C'est un choix personnel. Mais en fin de compte, celui qui choisira la seconde option sera témoin de vastes panoramas et il éprouvera la joie de la découverte et la satisfaction du travail bien fait.

Tout d'abord, nous devons savoir écouter, pour bien comprendre le message dans toute son ampleur et sa profondeur. Puis, nous devons bien connaître notre sujet, et cela exige une recherche approfondie. Bref, nous ne devons pas traduire comme des machines, mais comme des professionnels qui maîtrisent non seulement la langue d'origine et la langue d'arrivée, mais qui ont également une connaissance approfondie du sujet. C'est le cas des grands traducteurs, qui rédigent souvent la préface, l'introduction ou les notes explicatives des textes qu'ils traduisent.

Et sur cette voie ardue, le conseil qu'Irène de Buisseret donnait à ses étudiants et à ses lecteurs reste toujours d'actualité : douter… douter même de ce que nous croyons savoir. Nous devons poser des questions et chercher la vérité. Nous devons connaître nos capacités et nos limites. Si la recherche ne peut suppléer à nos lacunes, nous ne devons pas craindre de faire appel à nos collègues, ou s'il le faut, à l'auteur du texte. À la rigueur, nous devons faire preuve d'assez d'humilité pour avouer que ce n'est pas notre domaine de spécialisation, ou même, que nous ne savons tout simplement pas.

C'est une question d'intégrité intellectuelle : faire tous les efforts nécessaires pour approfondir le message et le transmettre d'une réalité culturelle à une autre, dans tous ses aspects et avec toutes ses nuances.

Il me semble que l'acte de la traduction est essentiellement un acte éthique. En effet, pour bien traduire, nous devons avoir une intégrité intellectuelle à toute épreuve, ce type d'intégrité qui nous amènera à tout faire pour transmettre le message intégral, un peu comme le messager de Marathon qui, après les efforts déployés pendant sa course, s'est effondré une fois son message livré.

À mon avis, le respect des normes de déontologie est la pierre angulaire de la traduction. L'avenir de notre profession en dépend, car au bout du compte, c'est ce qui fait toute la différence entre un professionnel de la traduction et un amateur. C'est d'autant plus important si nous tenons à obtenir une véritable reconnaissance professionnelle.

Comme toute autre profession, la nôtre repose sur la confiance absolue. Lorsque nous consultons un médecin, nous mettons notre vie entre ses mains; de même, lorsque nous consultons un avocat, nous mettons notre réputation entre ses mains; ou encore, lorsque nous consultons un comptable, nous mettons nos biens entre ses mains. Les mêmes exigences professionnelles s'appliquent à la traduction.

Si nous traduisons dans le secteur financier et que par inattention ou négligence, nous faisons une erreur, cette erreur pourrait coûter des sommes astronomiques aux actionnaires ou au grand public; de même, si nous traduisons dans le secteur médical et que par inattention ou négligence, nous faisons une erreur, cette erreur pourrait avoir des répercussions néfastes sur la santé ou la vie d'êtres humains; ou encore, si nous traduisons dans le secteur des communications et que par inattention ou négligence, nous faisons une erreur, cette erreur pourrait causer des dissensions sociales ou politiques importantes. Ce type d'erreurs, s'il se propageait à long terme, pourrait aussi avoir des répercussions négatives sur la culture d'arrivée.

En tant que professionnels, nous avons une très lourde responsabilité. Il est donc d'une importance vitale d'exercer notre profession avec toute l'attention et tout le soin possible, afin de transmettre le message dans toute son exactitude et avec toutes ses nuances, en respectant les réalités culturelles et sociales des interlocuteurs.

Nous ne devons pas oublier non plus de nous exprimer dans un langage simple et clair, afin de bien nous faire comprendre de tous. Nous devons maîtriser suffisamment la langue de départ et la langue d'arrivée pour pouvoir rédiger avec simplicité, clarté et rigueur intellectuelle. Nous devons aussi nous exprimer avec conviction et passion. Cela signifie que nous devons consacrer au texte toute l'ardeur dont nous sommes capables. Si nous utilisons un logiciel d'aide à la traduction, nous devons donc prendre garde de tomber dans la voie de la facilité.

Nous devons toujours viser plus haut. Notre profession est un appel constant à la croissance personnelle et au dépassement de soi, et c'est un défi que nous devons relever avec courage. Et là encore, le conseil d'Irène de Buisseret continue d'être valide : il faut lire, disait‑elle, il faut lire jusqu'à ce que les yeux nous sortent de la tête.

Si nous prenons l'autre voie, celle du moindre effort ou du profit maximal, nous deviendrons des ronds‑de‑cuir à faible teneur morale, à faible impact social et à la charge de nos concitoyens.

Dans le monde d'incertitude économique où nous vivons, cette question prend une importance vitale. En effet, si nous voulons nous protéger contre les soubresauts de la conjoncture, il ne suffit pas de maîtriser des logiciels d'aide à la traduction, mais à mon avis, il faut d'abord et avant tout nous démarquer comme de véritables professionnels à tous les points de vue, car il y a toujours place pour l'excellence.