Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

La révision dans un pays bilingue

Jacqueline Dinsmore
Association canadienne des rédacteurs-réviseurs
(L'Association canadienne des réviseurs a commencé à utiliser le nom Réviseurs Canada le 1er juillet 2015.)

2011-08-29

Dans un pays bilingue comme le Canada, et en particulier dans une province comme le Québec, le travail de révision en langue anglaise présente une dichotomie intéressante. En plus d'être réviseurs, bon nombre d'entre nous sont aussi traducteurs. Nous devons souvent réviser des documents traduits du français ou des textes anglais rédigés par des clients francophones. Cette réalité n'est pas sans entraîner de nombreux défis.

Les erreurs les plus courantes dans les textes sont probablement les faux amis. L'anglais a emprunté des mots à diverses langues, notamment au français. Au fil du temps, certains de ces emprunts au français ont acquis un sens nouveau qui, bien que proche du français d'origine, s'en éloigne suffisamment pour que les mots ne soient plus synonymes. Ainsi, on voit souvent en anglais le mot assist (aider) utilisé dans le sens de attend (assister à), le mot actual (réel) au lieu de current (actuel) et le mot coordinates (coordonnées géographiques) utilisé dans le sens de contact information (coordonnées). Dans le langage courant, on entend donc fréquemment des tournures comme celle-ci : « Give me your coordinates and I'll call you for dinner sometime. » (Donne-moi tes coordonnées; je t'appellerai pour qu'on aille souper à un moment donné.) Un autre mot qu'on entend souvent est le mot dep, diminutif de dépanneur. Les anglophones de Montréal l'emploient largement, probablement parce qu'il est beaucoup plus court à prononcer que corner store.

L'influence du français sur l'anglais se manifeste de manière plus subtile dans la syntaxe. La syntaxe est la partie de la grammaire qui régit l'ordre des mots dans une phrase et les relations qui existent entre eux, et qui permet d'établir le sens de la phrase. Il peut être difficile de repérer et de corriger les erreurs syntaxiques dans un texte, car elles peuvent facilement passer inaperçues.

L'anglais et le français ne mettent pas l'accent sur les mêmes éléments dans une phrase et n'organisent pas les idées de la même façon. Pour cette raison, les auteurs francophones qui rédigent en anglais utilisent souvent à leur insu une syntaxe française dans un contexte anglais. Le réviseur se retrouve avec un document contenant des phrases qui semblent anglaises en apparence; il doit alors en faire une révision approfondie. Dans une phrase anglaise, on peut séparer le sujet et le verbe, mais cela donne parfois lieu à d'étranges résultats, comme dans la phrase suivante : « This article, belaboured and cliché-ridden, without authority or references, and running much too long, sucks. » En français, on peut aisément faire suivre le sujet d'une série de propositions subordonnées et placer le verbe beaucoup plus loin dans la phrase. Étant donné que cette structure ressemble à un effet de style parfois utilisé en anglais, on peut facilement l'employer à mauvais escient sous l'influence du français, sans s'en rendre compte.

En français, il est courant, voire très fréquent, d'utiliser des mots de liaison au début des phrases comme de plus, toutefois, pour commencer, puis et ensuite, etc. Cette pratique bien française déteint parfois sur les textes anglais, entraînant une multitude de then, so, afterward, however, actually, nevertheless, moreover, consequently, etc. Même s'il n'est pas fautif d'employer des mots de liaison en anglais, ils sont souvent superflus et brisent le rythme du texte.

Dans un contexte bilingue, les fonctions de certains logiciels de traitement de texte comme Microsoft Word compliquent bien souvent le travail des réviseurs. Par exemple, un auteur francophone qui rédige en anglais peut, par inadvertance, laisser le français comme langue par défaut. Le document anglais se retrouve alors truffé de particularités typographiques françaises comme des espaces avant et après certains signes de ponctuation et des guillemets français, ce qui est plutôt agaçant. Et ce n'est pas nécessairement mieux lorsque la langue par défaut a été changée pour l'anglais. En effet, s'il n'y fait pas attention, le réviseur peut voir ses corrections remplacées par les suggestions grammaticales et orthographiques du correcteur de Word.

La dichotomie que présentent l'anglais et le français n'est pas propre qu'à ces deux langues. Le Canada étant une ancienne colonie britannique, ce passé a laissé des traces dans l'anglais d'aujourd'hui. Et les Canadiens peuvent difficilement échapper aux influences linguistiques de leurs voisins du Sud. L'usage canadien a donc évolué en combinant ces deux influences étrangères, mais en imposant néanmoins quelques préférences purement canadiennes comme license (verbe), licence (nom), colour et jewellery. Mais les terminaisons en –ise et en –ize sont toutes deux bien présentes dans l'usage.