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Mille et ville, une famille à part

En français, les noms communs renfermant la graphie –ille se prononcent « iye », comme quille, briller, torpille et famille. Il n'y a que les mots mille et ville, et certains noms propres comme Lille (nom de ville), qui se prononcent comme il.

Comment expliquer cette différence? Y a-t-il eu un changement dans la prononciation au cours des siècles ou est-ce la graphie qui a changé?

En fait, les mots mille et ville se sont toujours prononcés de la même façon, mais ils ont subi des modifications orthographiques.

Mille et mil

Mil provient du latin mille, qui signifiait « un seul millier », tandis que mille est issu du latin milia et désignait plusieurs milliers. Mil a donc d’abord représenté le singulier, et mille, le pluriel.

C’est ainsi qu’on employait autrefois mil pour exprimer les dates de l’ère chrétienne de 1001 à 1999, où mil est singulier car il n’est pas multiplié. Cette graphie est encore correcte, notamment dans des textes juridiques ou des contrats :

  • mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf
  • l’an mil sept cent trente-deux

Au fil du temps, on s’est mis à employer les deux formes indifféremment pour désigner le singulier. Puis, la graphie mille s'est peu à peu imposée comme la seule forme au pluriel comme au singulier.

Malgré ce qui précède, certaines sources (comme Grevisse) attestent l’usage de mil pour exprimer à la fois le singulier et le pluriel :

  • l’an mil
  • an deux mil

Quoi qu’il en soit, l’emploi de mil est vieilli. Il est préférable d’écrire mille en tout temps :

  • l’an mille
  • l’an deux mille
  • en deux mille cinq
  • en trois mille cent avant Jésus-Christ

Ville

Le mot ville est issu du latin uilla, terme d’abord employé pour désigner une exploitation agricole. Son sens évolue peu à peu et au Ve siècle, le mot signifie « groupe d’habitations autour d’une ferme », « agglomération rurale ».

À la fin du Xe siècle (vers 980), ville s'écrit vile. C’est seulement vers 1200 qu’apparaît la graphie ville, mais le mot désigne toujours un domaine agricole autour duquel sont regroupées des habitations. En 1390, l’ajout du suffixe –age permet l’apparition de la forme village, et le mot ville se voit dorénavant réservé aux agglomérations plus importantes.

Pourtant, il faudra attendre 1694 pour que l'Académie française atteste la « nouvelle » graphie.